Etude industrie papetière mondiale 2007 - EH SFAC

Dans leur étude intitulée «la mondialisation de l’industrie papetière», les experts économiques et les experts métiers de l’assureur-crédit Euler Hermes SFAC examinent l’état de santé du secteur ainsi que ses perspectives internationales. Dans un marché mondial en croissance modérée, Euler Hermes SFAC met en avant la redistribution de la production vers les pays en voie de développement, notamment en Chine. La filière française est éprouvée avec une sinistralité qui va se maintenir à un niveau élevé en 2007 et des résultats nets qui devraient être déficitaires pour la troisième année consécutive.


1. L’explosion de la demande et de l’offre des pays émergents a conduit à un surinvestissement

- L’explosion de la demande des pays émergents
Les Etats-Unis restent en tête des pays consommateurs de papier avec 312 kg/tête en 2006 comparés à la France qui consomme 180 kg/tête. Euler Hermes SFAC souligne l’explosion de la demande des pays émergents : la croissance cumulée de la Chine entre 1990-2006 est de +390% et celle de l’Inde de 150% vs +4% pour les Etats-Unis et +38% pour la France sur la même période. La production des pays émergents a presque suivi la forte croissance de leur consommation : la production de l’Asie (hors Japon) a été de 100 MT en 2006 avec une consommation de 129 MT.
« On observe un déplacement de la production mondiale et une intensification du recyclage. De plus, la production des pays émergents tire à la hausse les prix des matières fibreuses », constate Olivier de Foucauld, conseiller sectoriel Euler Hermes SFAC.

- Les pays émergents sont en passe de devenir excédentaires
L’Asie a une part prépondérante dans l’importance des investissements. Sur la période 1995-2000, le total des nouvelles capacités installées à travers le monde s’est élevé à 34,3 millions de tonnes, dont 57 % pour l’Asie. Sur la période 2001-2006, le total des nouvelles capacités installées s’inscrit à 44,5 millions de tonnes, dont 63 % pour l’Asie. La Chine représente, d’une période à l’autre, 22 % puis 54 % des investissements mondiaux du secteur ! L’Europe stabilise sa part. Toutefois, elle ne crée pas de nouvelles capacités dans la mesure où elle remplace des outils obsolètes. Ainsi, la demande de pâte progresse en fonction des investissements asiatiques.
« Il y a une tendance au surinvestissement en Chine. Les perspectives d’investissements de ce pays resteront à un niveau élevé jusqu’en 2010. Sur les deux ans à venir, la Chine installera une capacité de production de 13,5 millions de tonnes », commente Pierre Pasquier, arbitre Euler Hermes SFAC.

2. Les grands acteurs mondiaux se restructurent

- L’industrie mondiale de la pâte et du papier reste atomisée
En effet, aucun acteur n’atteint 5 % du marché. Les dix premiers groupes mondiaux représentent 25 à 27 % des capacités installées au monde. En ce qui concerne les producteurs de papiers fins – couchés et non couchés, les capacités installées en Europe s’élèvent à près de 20 millions de tonnes en 2006. Les producteurs chinois ont rattrapé les groupes occidentaux. La production de papier journal est quant à elle beaucoup plus concentrée : les dix premiers groupes mondiaux couvrent 80 % de la demande mondiale.

- Croissance de la demande mondiale du papier journal de 1,5 à 1,7 % l’an
« Nous observons une forte demande en Asie, une baisse de la consommation en Amérique du Nord nettement exportatrice et un maintien des volumes en Europe, commente Pierre Pasquier. La rentabilité des grands groupes mondiaux est en baisse, mais les fabricants de spécialités préservent leurs marges. Les spécialistes de taille moyenne ont un meilleur retour sur capitaux ».

- Une restructuration très lourde dans l’impression écriture et dans le papier emballage en Europe sur 2006 et 2007
Les unités de papiers impression écriture arrêtées représentent de 5 à 10 % des capacités des groupes concernés.
Dans le papier d’emballage, l’ensemble arrêté représente environ 8% de la production PPO (papier pour ondulé) d’Europe de l’Ouest. De fin 2004 à fin 2006, plus de 20 sites industriels ont été définitivement arrêtés, soit 22 machines à papier représentant 1.700 KT de capacités, dont 490 KT en France. Les réductions de production de PPO en Europe ont permis de rééquilibrer l’offre à la demande.
« Les restructurations en Amérique du Nord sont également très lourdes. En effet, depuis 2003 ce sont plus de 100 usines qui ont fermé leurs portes : usines de cellulose, machines à papier, ateliers de transformations…les outils les plus anciens et non rentables ont été systématiquement arrêtés, commente Olivier de Foucauld. Les défaillances dans le monde sont en augmentation constante. D’après nos estimations, les défaillances devraient augmenter de 70% en 2007 : nous passerions de 252 défaillances en 2006 à 436 défaillances estimées en 2007 (dont 109 déjà comptabilisées à fin mars 2007) ».

3. La filière française durement éprouvée

- Restructurations et résultats nets déficitaires depuis 2005
En 2006, les restructurations, ont entraîné la suppression de 1900 emplois (10% des effectifs ont été touchés) et 10 sites ont été fermés. Il y a eu une réduction sur 18 mois de 5 % des capacités dans le PPO et de 9% dans les papiers d’impression écriture. Après 5 ans de déflation, la reprise des prix en 2006 ne compense pas la hausse des coûts.
Dans la filière française, les résultats nets sont déficitaires depuis 2005 à -32 millions d’euros, -178 millions d’euros en 2006, et -92 millions d’euros estimés en 2007.

- Une forte hausse des défaillances depuis 2003
Les défaillances en France vont se stabiliser à haut niveau sur 2007 avec 60 défaillances estimées.
«Nous avons déjà comptabilisés 20 défaillances au 20 avril 2007, constate Olivier de Foucauld. Le taux de défaillance du secteur papier (8,3%) est 5 fois plus élevé que la moyenne nationale (1,7% en 2006) ».

En conclusion, Euler Hermes SFAC prévoit que la consommation mondiale de papier va poursuivre sa progression de l’ordre de 2% par an, tirée par les pays émergents. Les investissements de capacité sont sans doute trop élevés, en particulier en Chine avec +10 à 12 MT de capacités nouvelles par an jusqu'en 2012. A contrario des investissements de modernisation et de productivité dans les pays dits développés, avec en perspective une baisse de la production. Selon l’assureur-crédit, il faut s’attendre à d’autres restructurations et à la disparition des plus faibles.

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