Etude transport routier de marchandises mai 2007

Dans leur étude* intitulée «Les défis du transport routier de marchandises en 2007», les experts économiques et les experts métiers de l’assureur-crédit Euler Hermes SFAC examinent l’état de santé du secteur ainsi que ses perspectives internationales. Ils observent que le redressement du secteur observé en 2006 restera fragile tant que les grands défis – tels que l’arrêt de la progression du pavillon étranger dans le trafic intérieur, la perte de compétitivité du pavillon national sur les flux internationaux… - n’auront pas été levés. L’assureur-crédit souligne par ailleurs que le taux de défaillance du secteur en 2006 (3,2 %) est près de deux fois plus élevé qu’au niveau national tous secteurs confondus (1,7 %).


1. Résultats 2006 du transport routier de marchandises : la reprise

- Rebond des marges dans un contexte de croissance mondiale plus favorable
La marge nette a plus que doublé entre 2005 et 2006 et atteint 2%. La bonne croissance mondiale en 2006 et surtout celle de la zone euro a bénéficié dans une certaine mesure aux transporteurs routiers français grâce à la dynamique des exportations.
«Les exportations ont progressé sensiblement, tirées notamment par les bonnes performances économiques de l’Allemagne », commente Florian Delbarre, conseiller sectoriel Euler Hermes SFAC.

- Le dynamisme du commerce et de la construction a soutenu les volumes en France En 2006, la production industrielle s’est accrue de 1,4 % en moyenne annuelle. Les secteurs du BTP, de l’industrie, l’agriculture et le commerce qui ont peu contribué entre 2002 et 2005 à la croissance de la valeur ajoutée des branches - à l’inverse des activités de services marchands et non marchands - ont retrouvé un certain dynamisme en 2006.
« Ces secteurs ont représenté 40 % de la croissance globale de la valeur ajoutée contre seulement 16 % en 2005. Le transport de matériaux de construction a représenté près de 40 % de la croissance des transports terrestres en 2006 », analyse François Buffat, arbitre Euler Hermes SFAC.

- Un rééquilibrage des prix qui s’est poursuivi en 2006
Après une période (2002-2004) difficile pour les professionnels qui ont eu du mal à répercuter la hausse du carburant, la situation a commencé à s’améliorer à partir de 2005, année marquée par un début de rattrapage, qui s’est poursuivi en 2006.
« 2006 a tiré profit à la fois de la bonne tenue des volumes (+3 %) mais aussi des hausses de tarifs de 3,7 % dans un contexte de ralentissement de la hausse du prix des carburants en fin d’année ( augmentation de + 5,2 % du prix au litre de gazole à la pompe et hors TVA en 2006 en moyenne annuelle par rapport à + 16 % en 2005), d’une moindre concurrence internationale et d’un déficit de camions en France mais aussi en Europe. Par ailleurs, les mesures de rationalisation - arrêt d’activités peu ou non rentables, maîtrise des charges de personnel - engagées en 2005 ont également porté leurs fruits sur 2006 », commente Florian Delbarre.

- Une part de marché en hausse
Le TRM a continué d’accroître sa part de marché de 0,4 point en 2006. Le secteur a tiré profit des difficultés du fret ferroviaire dans un contexte de recentrage sur le transport national courte distance, moins propice aux autres modes de transport que la route.
« La route a progressé de 8,5 points entre 1994 et 2006 », constate François Buffat.

- Une marge nette en forte hausse mais gonflée par des éléments exceptionnels
Le secteur recourt en effet aux cessions d’actifs pour améliorer ses résultats : la cession de véhicules dans une logique de renouvellement du parc normes Euro 3 et 4, a eu un impact sur la marge nette de + 0,6 point. D’autre part, l’année 2006 aura également profité de la récupération spécifique de TVA contribuant à l’amélioration de la marge nette à hauteur de 0,4 point. Selon le panel d’Euler Hermes SFAC, le pourcentage de sociétés dont le taux de marge d’exploitation est inférieur à 1 % du chiffre d’affaires est élevé : 42,3% d’entre elles en 2005 et 38,9% estimés en 2006.

- Une amélioration constante de la productivité par salarié depuis 2000
Une évolution positive de la productivité par salarié depuis 2000 a permis de compenser partiellement les hausses de coûts et l’effet 35 h. La productivité s’est améliorée de 23,5 % en 6 ans.
« Après la chute de 2005, l’Ebitda s’est redressé. La marge d’exploitation s’est améliorée de 0,4 point en passant de 1% en 2005 à 1,4% en 2006 », observe François Buffat.

2. Perspectives 2007 : une année de consolidation mais les défis demeurent

- Le ralentissement de la croissance entraînera un léger tassement des volumes
Dans un contexte de ralentissement de la croissance mondiale (4 % en 2006 et 3,3 % en 2007) et de la Zone euro (croissance de 2,8 % en 2006 et 2 % en 2007), il y aura un tassement des volumes pour le TRM en 2007. La variation de l’activité en volume est estimée à 2,5 % en 2007 après 3% en 2006.

- Réduction des écarts en matière de prix du carburant professionnel
La stabilité depuis plusieurs années de la TIPP sur le carburant professionnel en France a permis de réduire l’écart et d’améliorer légèrement la compétitivité du pavillon français. L’écart entre le prix du carburant en France et le pays où le carburant est le moins cher est ainsi passé en deux ans de 20 % à 15 %.
« Il y a un facteur carburant plus favorable. En effet, le prix du litre de gazole devrait être en baisse de 3,5 % en moyenne annuelle en 2007. On devrait observer un retour à une croissance saine avec une tendance au rééquilibrage des prix et des volumes », commente Florian Delbarre.

- Redressement des marges…
La marge d’exploitation est en hausse de 0,8 point entre 2005 et 2007. Elle reste conforme à la moyenne de ces sept dernières années.
« Notre scénario serait une marge d’exploitation de 1,8% avec une hausse constante des volumes de 2,5% et un prix du gazole/ litre hors TVA à la pompe de 0,87 euro », analyse Florian Delbarre.

- Mais un taux de sinistralité qui reste élevé
L’assureur-crédit observe une stabilisation du nombre d’entreprises actives : 37500 prévues en 2007, vs 37536 estimées en 2006, mais un taux de défaillance près de deux fois supérieur à celui de la moyenne nationale.
« Le taux de défaillance national a été de 1,8 % de 2004 à 2005 puis a légèrement fléchi à 1,7 % en 2006. Le taux de défaillance du TRM demeure l’un des plus mauvais avec celui du secteur de la construction (3,2 %) », constate François Buffat.

3. Un redressement qui restera fragile tant que les grands défis n’auront pas été levés

- Nécessité de pallier à l’érosion du pavillon national dans le trafic intérieur
Depuis 1994, il y a eu une progression de 7 points du pavillon étranger au détriment du pavillon national. La part du pavillon français continue de baisser au profit du pavillon étranger qui représente désormais près de 30 % des t-km contre à peine 22 % en 1994.

- Nécessité de pallier à l’érosion du pavillon national à l’international
Le pavillon français en Europe a stagné en t-kms entre 1999 et 2005; il a décroché par rapport à ses principaux concurrents européens. De même, Euler Hermes SFAC note un effondrement du pavillon national à l’international avec une perte de 36,3 % de t-kms par le pavillon français sur l’international.

« D’autres défis seront à relever dont le maintien de l’équilibre entre les moyens de transport et la demande dans un contexte d’exigence de qualité de service imposée par les chargeurs (mutualisation des chargements, qualité de service, intégration des défis environnementaux dans la chaîne de transport). Il faudra également poursuivre les hausses de prix pour remonter le niveau des résultats encore très largement dépendants d’éléments exceptionnels. Enfin, accélérer l’harmonisation fiscale européenne et améliorer le taux de sinistralité qui est encore l’un des plus élevés de France avec celui du secteur de la construction », conclut Florian Delbarre.

* L’assureur-crédit a basé son étude sur une population d’entreprises qui représente environ 30 % de la population totale et 60 % du chiffre d’affaires.

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