Etude sur la filière aéronautique civile juin 2007

La société d’assurance-crédit Euler Hermes SFAC présente les perspectives économiques de la filière aéronautique pour 2007-2008 et les facteurs de risques pour l’ensemble des acteurs au niveau mondial. Les experts Euler Hermes SFAC soulignent le dynamisme du secteur qui permet le rétablissement des marges des compagnies, le tout renforcé par un contexte de stabilisation du cours du pétrole. L’évolution défavorable de la parité euro-dollar absorbe cependant les gains de productivité gagnés ces dernières années par les constructeurs européens. La sous-traitance française devrait faire face, quant à elle, à un risque de surchauffe.



1. Le dynamisme du transport aérien permet un rétablissement des marges des compagnies

- L’activité des compagnies aériennes est soutenue en volume mais sujette à la déflation.
Dans un contexte d’atterrissage de l’économie mondiale (+3,3% en 2007 pour le PIB mondial), le transport aérien bénéficie d’un certain dynamisme dans toutes les régions du globe. La croissance soutenue du trafic aérien en 2007 (+6,3%) perdurera en 2008 (+6,6%). Mais si la demande reste élevée, la concurrence s’accroît avec notamment une forte pression sur les prix : -2,4% prévue en 2008.

- Stabilisation du cours du pétrole
Les prix du pétrole devraient enfin se stabiliser vers 63$ le baril, soit une décroissance de -3% en 2007, après la forte hausse enregistrée en 2006 (+23%). Rappelons qu’en trois ans le cours du baril a grimpé de 68%, passant de 38$ en 2004 à 64$ en 2007 !

- Maîtrise des coûts et redressement des marges
La maîtrise des charges hors poste carburant devrait se poursuivre dans les années à venir.
« Entre 2004 et 2006, les charges d’exploitation progressent de 9% mais de 2% seulement à prix du pétrole constant, observe Nicolas Lioret, conseiller sectoriel Euler Hermes SFAC. Les postes salaires et frais commerciaux ont même connu une décrue sur cette période. L’amélioration des résultats va donc se poursuivre. Mais tout reste à faire en termes de consolidation du secteur pour renforcer ces marges.»

Ce bon niveau de performance du secteur se reflète dans la prévision du chiffre des défaillances d’entreprises : le nombre de défaillances se stabilise autour de 30 compagnies par an dans le monde, un niveau bas après le pic de 2001. Sont concernées essentiellement des compagnies régionales low cost ou des compagnies de création récente.


2. Le marché des changes, arbitre de la concurrence pour les constructeurs et équipementiers

- Progression de la rentabilité des constructeurs
La demande sur le long terme est bien orientée. Le trafic aérien a été de 2,1 mds de passagers en 2006. On estime qu’à l’horizon de 2025, il serait de 5 mds de passagers. Cette demande amènera à un doublement de la flotte dans les vingt prochaines années, ce qui offre d’excellentes perspectives pour les constructeurs.
Les comptes des constructeurs sont au beau fixe, avec une prévision de croissance de leur chiffre d’affaires de 5,1% en 2007 et de 9,2% en 2008. Leur marge nette atteindrait +5,1% en 2008 et leur marge d’exploitation passerait de 6,2% en 2007 à 8% en 2008. Mais la confrontation AIRBUS-BOEING tourne à l’avantage de l’américain qui profite d’une parité euro/dollar plus favorable.

- L’impact défavorable du taux de change
Pour Airbus, les progrès de la productivité des salariés européens ont été annihilés par l’évolution des taux de change. « Les gains de productivité ont été absorbés sur les 6 dernières années par l’évolution défavorable des taux de change (+33% pour le taux de change euro/dollar et +59% pour le taux de change euro/yen entre 2000 et 2007), commente Nicolas Lioret, conseiller sectoriel Euler Hermes SFAC. En euros, les coûts salariaux de l’UE augmentent de 24,2% entre 2000 et 2007 alors que ceux des Etats-Unis baissent relativement de 9,8% ».
Ce problème de compétitivité se pose d’autant plus dans une industrie qui facture en dollar, alors que les coûts de production d’Airbus sont situés principalement (à 75%) en zone euro. La question de l’externalisation d’une partie de la production d’Airbus est désormais posée.

- La belle santé des équipementiers
Les équipementiers subissent moins qu’Airbus ces problèmes de coûts. En effet, « Leur activité plus diversifiée et de niche leur a permis d’absorber davantage ce problème de parité. » commente Nicolas Lioret. Leur chiffre d’affaires et leur rentabilité devraient continuer de croître du fait de la bonne tenue de leur activité de 1ère monte ainsi que du service et de la maintenance (parallèlement à la forte croissance du parc installé).


3. Risque de surchauffe pour la sous-traitance française

- Une activité en forte progression
L’industrie aéronautique française est au sommet. Les prises de commandes restent à un niveau très élevé et offrent de belles perspectives. Les sous-traitants profitent de cette forte croissance (+12,1% de croissance en 2006), leur rentabilité progresse également (leur résultat net a progressé de 10% en 2006).

- Des grands équilibres financiers qui se tendent
Mais il faut financer le cycle d’exploitation (progression des stocks, des délais clients). « Les sous- traitants doivent toujours financer l’équivalent de 3 mois de chiffre d’affaires, un palier qu’il sera difficile de franchir compte tenu de l’impact déjà très sensible sur leur trésorerie » observe Alain Estrade, arbitre Euler Hermes SFAC.
Il a fallu pour ces entreprises réaliser des investissements conséquents pour répondre aux cadences imposées par AIRBUS et financer la croissance future. « Le poids de la dette à long terme a quasiment doublé sur les cinq dernières années », commente Alain Estrade.

- Une situation à moyen terme qui pourrait se détériorer
Les perspectives sont encore favorables à court terme ; l’augmentation des cadences et le lancement de nouveaux modèles vont encore générer de la croissance. 7% sont attendus pour 2008. Mais à moyen terme du fait de la mise en œuvre du plan power 08, des incertitudes pourraient naître : décisions d’investissement freinées malgré des cadences encore plus soutenues, nouvelles pressions sur les marges et équilibres financiers plus difficiles à maîtriser.

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