L’industrie pharmaceutique mondiale se réorganise pour faire face à la lente érosion de sa rentabilité
21 octobre 2009
Dans leur étude intitulée « la pharmacie mondiale : un secteur bien portant qui a besoin de soins », les experts économiques et les experts métiers de l’assureur-crédit Euler Hermes SFAC proposent une grille d’analyse des évolutions touchant le secteur pharmaceutique au plan mondial. Ils soulignent la bonne santé de l’industrie pharmaceutique mondiale avec des perspectives de croissance positives en volume. Mais ils notent également certains défis à relever : la situation de déflation durable, l’offre alternative du générique qui devient de plus en plus compétitive et une innovation de la R&D pharmaceutique en panne compte tenu de l’assèchement du financement dévolu aux biotechnologiques, en particulier en France.
1. Une demande pharmaceutique mondiale en croissance grâce à des tendances lourdes
Des dépenses de santé au sein des pays développés qui croissent structurellement plus vite que leur PIB
« Entre 1970 et 2010, les dépenses de santé mesurées en pourcentage du PIB auront doublé en Europe de l’Ouest et au Japon et presque triplé aux Etats-Unis. Elles alimentent celles des médicaments », commente Marc Livinec, conseiller sectoriel Euler Hermes SFAC.
L’allongement moyen de l’espérance de vie
La population mondiale âgée de 65 ans et plus va doubler au cours des 30 prochaines années en passant de 7% de la population totale en 2008 à 14% estimés en 2040. Cette population consomme en moyenne trois fois plus de soins de santé.
Les BRIC, un relais de croissance incontournable du marché, mais pas à brève échéance compte tenu de leur niveau très bas de consommation pharmaceutique
« Les BRIC sont le relais de croissance du marché mais ils partent de très bas. Leur consommation pharmaceutique par tête en 2008 était de 22 dollars, à comparer avec 947 dollars en Amérique du Nord et 511 dollars en Europe», observe Marc Livinec.
Les vaccins, un créneau sous les feux de la rampe compte tenu de la grippe H1N1 mais faiblement contributif par rapport à la taille du marché pharmaceutique global
Le marché mondial des vaccins antigrippaux représente 25% du marché des vaccins globaux lui-même évalué à 14 milliards de dollars en 2008 (ou 2% du marché pharmaceutique).
La croissance des volumes vient buter contre des régimes d’assurance-maladie financièrement mal en point
Les réformes engagées visent à enrayer l’envolée des coûts de la santé. Les facteurs de croissance structurelle de la demande pharmaceutique butent cependant sur trois écueils.
- La difficulté financière des régimes publics ou privés de remboursement des dépenses-maladie.
La menace d’un assèchement du financement de leur déficit irrépressible - eu égard au lien existant entre croissance du PIB et celle des dépenses de santé - reste vivace.
- Une situation déflationniste du marché pharmaceutique mondial
Depuis trois ans, le prix « moyen mondial » du médicament baisse. « L‘année 2005 a vu le prix « moyen » du médicament devenir inférieur au taux d’inflation mondiale. Il s’agit selon nous d’une situation de marché durable », commente Marc Livinec.
- Un retour sur investissement de la R&D pharmaceutique qui se dégrade depuis dix ans
L’explosion des coûts réglementaires de la R&D pharmaceutique limite la sortie du nombre de nouveaux médicaments lancés sur le marché.
« Le constat d’une productivité de leur R&D en chute tient du durcissement très sensible des critères d’homologation d’une nouvelle molécule médicamenteuse par les agences étatiques. La délivrance de l’autorisation de mise sur le marché d’un médicament innovant s’avère nettement plus ardue et donc plus coûteuse », observe Marc Livinec.
2. L’incidence de cette évolution du marché sur l’offre pharmaceutique (les « Big Pharma »)
Une érosion de leur taux de rentabilité historiquement très élevée
« Le taux de marge d’exploitation a diminué de 4 points entre 2002 et 2007 ; mais l’érosion de cette rentabilité moyenne s’avère relative au vu de son taux de marge opérationnelle en 2008 autour de 24%. Ce qui reste d’un très bon niveau » observe Marc Livinec.
Une productivité en R&D des biotechs plus performante que celle des « Big Pharma »
Les grands laboratoires pharmaceutiques sont prêts à racheter à des prix élevés des biotechnologiques pour regarnir leurs pipelines.
« En 2007, 70% des nouveaux médicaments avant homologation étaient issus de la R&D de jeunes pousses biotechnologiques, contre 40% en 2000 », observe Marc Livinec.
Un financement de la R&D rétrocédé pour partie aux sociétés biotechnologiques via les marchés boursiers
La crise financière de 2008 a asséché la seule source de financement des biotechnologies.
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Les génériques, une concurrence portée sur les fonts baptismaux, grâce aux tombées de brevets
Le chiffre d’affaires « génériquable » cumulé entre 2007 et 2011 serait de 106 milliards de dollars contre 68 milliards de dollars entre 2002 et 2006. L’expiration du brevet des grands blockbusters s’est fortement accélérée à partir de l’année 2007.
La poursuite à horizon 2010 de l’érosion de la rentabilité des « Big Pharma » qui se traduit par des réorganisations au « coût social » lourd
90.000 emplois devraient « disparaître » sur la période 2006-2009 dont 40.000 postes sur la seule année en cours.
3. Le cas du marché pharmaceutique français
Euler Hermes SFAC a réalisé une étude sur le marché français à partir d’un échantillon de 267 entreprises extrait de sa base de données propriétaire.
Une croissance du marché pharmaceutique national résistante mais une production française qui stagne depuis deux ans
Dans un marché déflationniste, la croissance du marché pharmaceutique français apparaît de plus en plus tirée par les importations.
« Le secteur pharmaceutique français voit sa croissance s’essouffler, mais sa rentabilité globale résiste bien grâce notamment à ses mesures de réductions de charge », commente Laïka Keller, arbitre Euler Hermes SFAC.
Une réduction des coûts pour les « Big Pharma » en France
Les restructurations annoncées par les Big Pharma en 2007 en France ont commencé à porter leurs fruits dès 2008 et permis de maintenir des niveaux de marges confortables dans leurs filiales. « Comme ces plans s’accélèrent en vue de la tombée des brevets, les taux de charges vont continuer de décroître à l’avenir », commente Laïka Keller.
Une lente dégradation des performances des indépendants français
Si les laboratoires français peuvent se prévaloir d’un savoir-faire certain et interviennent souvent sur des activités de niches prêtant moins le flanc à la concurrence des génériques, ils ont globalement du mal à s’adapter aux mutations du secteur.
« Leur taille critique insuffisante accentue les difficultés du financement de leur R&D. Leur portefeuille produits est concentré ce qui les rend d’autant plus vulnérables aux politiques de déremboursements. Contrairement aux Big Pharma, il n’y a pas eu de plans de restructurations d’envergure annoncés. Par conséquent, les taux de marge s’érodent progressivement », note Laïka Keller
La sous-traitance pharmaceutique française tire son épingle du jeu
La sous-traitance pharmaceutique va devoir faire face à un certain nombre de défis dans les années à venir : une diversification du poste client, des pressions considérables sur leurs tarifs et un endettement non négligeable.
Un marché des génériques concentré, devenu rentable et au potentiel de croissance élevé
Les 5 premiers génériqueurs représentent 80 % du marché en France, et les 3 premiers 65%. L’industrie du générique n’est rentable en France que depuis deux ans.
L’embellie va se poursuivre dans les années à venir avec la tombée d’importants brevets. D’autant plus que la part des génériques sur le marché français (20%) est relativement faible par rapport aux autres pays (55% aux Etats-Unis).
La biotechnologie française est à la peine faute de financements
La volatilité des marchés financiers en 2008 a considérablement asséché la principale source de financement des sociétés de biotechnologie françaises (-79%). « Ce secteur reste fragile car très dépendant de la capacité à lever des fonds de manière régulière afin de financer sa R&D, source croissante d’innovation pharmaceutique. La filière biotechnologique française apparaît comme un candidat sérieux pour bénéficier du produit du grand emprunt », conclut Karine Berger, directrice des études Euler Hermes SFAC.
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