BTP France/Allemagne : La dégradation de la rentabilité et de la solvabilité des entreprises va se poursuivre en 2010-2011
5 juillet 2010
Dans leur étude intitulée « BTP : après 10 ans de divergences, France et Allemagne réunis dans la crise », Euler Hermes examine les perspectives du secteur dans ces deux pays. Les marchés du BTP de ces deux grands partenaires européens présentent des similitudes apparentes en termes de structure de marchés et de nombre d’entreprises (entre 320 000 et 330 000 dans les deux pays). Mais des différences importantes existent : le chiffre d’affaires moyen des entreprises est supérieur de 50% en Allemagne, la France est mieux positionnée parmi les grands groupes internationaux (Vinci n°1, Bouygues n°2).
« En 2010-2011, nous prévoyons la poursuite de la dégradation de la rentabilité et de la solvabilité des entreprises du BTP en France et en Allemagne. Ce phénomène s’accompagnera d’une hausse de leur sinistralité », commente Ludovic Sénécaut, président du directoire d’Euler Hermes SFAC.
1. Des bulles immobilières en décalage et une tendance à la stabilisation du marché
Les deux pays ont connu des bulles immobilières à dix ans d’intervalle. L’Allemagne a connu une période de bulle entre 1991 et 1995 avec une augmentation de 83% des demandes de permis de construire (pic de 710 000 permis en 1995) ; alors que la bulle française s’est déroulée entre 2003 et 2007 avec une hausse de 76% des demandes de permis de construire (pic de 580 000 permis en 2007).« L’Allemagne répondait à l’explosion de la demande de logements qui a suivi la réunification ; en France, il s’agissait davantage d’un déficit structurel de logements », constate Didier Moizo, analyste sectoriel du Groupe Euler Hermes.
Actuellement, il y a deux fois plus de permis de construire en France : 410 000 versus 190 000 en Allemagne. Dans les deux pays, on constate cependant une tendance à la stabilisation du marché. « Pour la France, elle résulte du dégonflement de la bulle, alors qu’en Allemagne, la stabilisation à bas niveau résulte de son évolution démographique », commente Didier Moizo.
2. Des dynamiques démographiques divergentes qui influent sur les prix des logements
- Une dynamique démographique favorable à la construction en France, à l’inverse de l’AllemagneEntre 2005 et 2010 : la France a observé une augmentation de sa population de 375 000 personnes par an, soit plus de 2 millions de personnes contrairement à l’Allemagne dont la population diminue de 100 000 personnes par an, soit une baisse de 500 000 personnes sur la même période. Cette différence majeure d’évolution de la population a des conséquences sur les prix des logements.
- Les prix ont été multipliés par deux en France, alors qu’ils stagnaient en Allemagne.
Entre 2000 et 2007, les prix ont été multipliés par deux en France. Cette hausse a été nourrie par une insuffisance de l’offre - face à une population en constante augmentation - et amplifiée par des incitations fiscales et financières.
En Allemagne, au cours de la même période, les prix ont augmenté de 5% seulement. Euler Hermes observe une tagnation structurelle du secteur du fait d’un parc locatif abondant et récent.
3. Les divergences France/Allemagne s’estompent avec la crise
- Malgré des taux d’intérêt historiquement bas, la poussée du chômage et des taux d’endettement élevés freinent l’investissement immobilier dans les deux pays. Les taux d’intérêt sont actuellement au plus bas en France et en Allemagne. En effet, l’Euribor est stabilisé à un point historiquement bas au dessous duquel il n’est jamais allé : 1,24 % depuis septembre 2009 (moyenne de 3,52% de 1997 à 2007). La dégradation du marché du travail avec des taux de chômage élevés (8 % en Allemagne, 10 % en France) pénalise l’accès au crédit. Cette difficulté d’accès au crédit est également accentuée par un fort endettement des ménages : 30 ans en Allemagne et 19 ans en France. « Le taux d’endettement est élevé en Allemagne (89%) et il a fortement augmenté en France (76%). La dégradation du contexte économique et financier des ménages français et allemands pèse sur les perspectives des entreprises du BTP », commente Karine Berger, Directrice Marchés et Marketing et Chef Economiste d’Euler Hermes.- La rentabilité dégradée dans le BTP en France et en Allemagne se traduira par une hausse de la sinistralité.
Euler Hermes anticipe une baisse de -3% du chiffre d’affaires dans le secteur du bâtiment en France en 2010, et une stabilisation en 2011 à un très faible niveau. En parallèle, les charges d’exploitation devraient augmenter liées à la hausse du prix des aciers (+ 8,7% de janvier à avril 2010) et celle annoncée des autres matériaux. « Compte tenu de l’évolution des principales charges des entreprises, nous nous attendons à une baisse de -30% des résultats des entreprises du bâtiment en France en 2010, commente Nicolas de Buttet, arbitre responsable de la branche BTP d’Euler Hermes SFAC. Cette dégradation de la rentabilité des entreprises va se traduire par une hausse des défaillances. Nous avons déjà constaté une explosion du nombre des défaillances d’entreprises depuis 2007 (entre mai 2007 et mai 2010 : + 56% de défaillances dans le secteur du bâtiment), supérieure à celle de l’ensemble de l’économie (+ 33%). »
- Poursuite de la dégradation dans les TP en France, stabilisation en Allemagne en 2010
Les Travaux Publics via le volet infrastructures des plans de relance nationaux seront peut être un relais de croissance en Allemagne où 5 Md d’euros sont encore disponibles (Travaux Publics : 7,5 Md d’euros dont 2,5 Md d’euros injectés à fin 2009), mais pas en France où seuls 1,5 Md d’euros sont encore disponibles (4 Md d’euros dont 2,5 Md d’euros injectés à fin 2009). Les défaillances des entreprises de Travaux Publics ont été multipliées par deux en France entre mai 2007 et mai 2010. Les finances publiques supportent un taux d’endettement élevé, de l’ordre de 86% en 2009 versus 64% en 2007 en France et d’environ 80% en Allemagne en 2009 versus 65% en 2007. « En conséquence, nous attendons un ralentissement du secteur des travaux publics en France. Compte tenu des programmes engagés, la baisse ne sera sensible qu’en 2011 en Allemagne », observe Didier Moizo. « Les chiffres d’affaires des entreprises du BTP en France et en Allemagne resteront en 2011 inférieurs au niveau de 2008 », conclut Karine Berger.
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