Communiqué de presse 31.01.06

La croissance mondiale a ralenti en 2005 pour des raisons inattendues


Paris, le 31 janvier 2006 : La croissance mondiale a ralenti en 2005 (+3,3%, contre +3,9% en 2004). La surprise n’est pas venue du ralentissement lui-même, attendu par beaucoup d’observateurs, mais de sa localisation et de ses causes.
Première surprise : on attendait un ralentissement plus marqué des Etats-Unis, et c’est la zone euro qui a déçu.
Deuxième surprise : les taux d’intérêt et de change ont affecté la croissance, bien davantage que la hausse du prix du pétrole En effet, le surcroît d’inflation provoqué par la hausse des carburants a été compensé par la déflation des produits manufacturés.
Les Etats-Unis devraient poursuivre leur ralentissement en 2006 et 2007, et compte tenu de leur poids dans le PIB mondial, de leur effet d’entraînement sur les exportations chinoises, et de l’incapacité de l’Europe à prendre le relais, ce ralentissement US devrait donner le ton en 2006 à l’ensemble de l’économie mondiale.


L’évolution du marché des changes a eu plus d’impact sur la croissance mondiale que la hausse du pétrole

- Les déséquilibres du marché des changes détournent la croissance des PAI vers les PNI

Les profonds déséquilibres du marché des changes ont continué de détourner la croissance des pays anciennement industrialisés (PAI) vers les pays nouvellement industrialisés (PNI), Chine en tête. Le yuan est, en effet, très sous-évalué par rapport au dollar ; le dollar l’est aussi par rapport à l’euro, comme en témoignent les écarts de coûts salariaux horaires : 25€ pour la zone euro contre 18,5€ aux Etats-Unis et surtout 1€ en Chine.
« Ces déséquilibres engendrent une perte nette de croissance à l’échelle mondiale. Les contributions négatives du commerce extérieur à la croissance du PIB des PAI ne sont pas compensées par le surcroît de croissance des PNI », analyse Philippe Brossard, Directeur de la Recherche d’Euler Hermes SFAC.
- L’inflation des prix de l’or noir n’a eu que peu d’impact sur la croissance des principales économies mondiales

Même si les cours du baril ont atteint des sommets historiques (70,85 $ fin août 2005) sous les effets conjugués des ouragans américains et des spéculations sur les marchés à terme, trois facteurs en ont réduit l’impact :
- la hausse de la demande mondiale de brut a été moins importante qu'en 2004 (+1,4% contre +3,8%) ;
- en septembre, l'Agence Internationale de l’Energie a puisé dans les réserves stratégiques (60 millions de barils) afin de stopper l'envolée des cours ;
- en outre, les produits manufacturés ont été affectés par une déflation.
En 2006, la croissance de la demande mondiale devrait continuer de progresser pour se situer autour de 85,2 millions de barils par jour, soit 1,7 million de plus qu'en 2005. Du côté de l'offre mondiale, les pays non-OPEP devraient augmenter leur production et satisfaire 70% du supplément de demande. Concernant les pays de l'OPEP, les capacités de production disponibles à court terme progresseraient d'environ 0,4 million de barils par jour.

«Il ne faut pas s’attendre à une importante baisse des cours en 2006, mais ceux-ci devraient se maintenir en moyenne à un niveau inférieur (51 dollars) à la moyenne élevée de 2005 (55 dollars) », analyse Philippe Brossard.


L’Europe entraîne la croissance mondiale vers le bas, sans que les Etats-Unis puissent compenser

- L’Allemagne entravera le retour au dynamisme économique de la zone euro en 2007

En 2005, l’Allemagne avait réagi à la perte de compétitivité par l’austérité salariale et les réductions d’effectifs, ce qui lui avait permis de maintenir des exportations dynamiques, mais au prix d’une demande domestique presque nulle qui affectait déjà le reste de la zone euro.
La hausse de 3% de la TVA en Allemagne, annoncée pour janvier 2007, pourrait aggraver cette situation et peser sur l’avenir de la zone euro qui avaient pourtant affiché quelques clignotants positifs en 2005 tels que :
• la résorption progressive des déséquilibres des marchés des changes
• et la hausse de l’inflation limitée à 1% au deuxième semestre 2005 malgré l’augmentation des prix des carburants.

- Les facteurs du dynamisme américain disparaissent progressivement

Les Etats-Unis comptent pour près du tiers du PIB mondial. Depuis 2003, ce pays est le principal moteur de la reprise mondiale grâce à une formidable demande interne, provenant tant de la consommation des ménages que du secteur public dont les dépenses sont en fortes hausses, et des investissements des entreprises. Les chiffres du 3ème trimestre 2005 ont une nouvelle fois surpris positivement, l’impact économique du cyclone Katrina et du choc pétrolier associé s’avérant presque insignifiant, malgré la hausse de l’inflation liée à l’énergie.
Pourtant, les facteurs du dynamisme américain disparaissent progressivement : le déficit budgétaire ne peut être indéfiniment accru et la baisse du dollar contre l’euro et le yen semble enrayée. De même, la baisse du taux d’épargne des ménages ne saurait se prolonger : les taux d’intérêt à court terme devraient poursuivre leur hausse au moins jusqu’en mai 2006, avec un impact restrictif qui pourrait continuer de se faire sentir en 2007, ramenant la croissance US aux alentours de 2,5% à cet horizon. Les principaux fournisseurs des Etats-Unis, Chine en tête, devraient par contagion connaître une sensible décélération.
« Le pouvoir d’achat des ménages devrait s’améliorer courant 2006 un peu partout dans le monde et limiter l’ampleur du ralentissement économique mondial ainsi que la remontée des taux courts et des taux longs aux Etats-Unis et dans la zone euro », commente Philippe Brossard.
Cette amélioration viendra de la décélération de l’inflation, à la faveur de la stabilisation des prix des matières premières et particulièrement de l’énergie. En effet, nous pensons que la hausse du prix du pétrole ne sera pas aussi forte en 2006 qu’en 2005. Le surcroît d’inflation issu de l’augmentation des prix des carburants (1% en zone euro et 2% aux Etats-Unis) devrait disparaître au 2ème semestre 2006 » conclut-il.

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