Communiqué conjoncture internationale (21.07.06)
Paradoxe 2006 : le commerce mondial progresse mais la croissance ralentit
Depuis le pic de 2004, la croissance mondiale décélère régulièrement. Elle devrait être de 3,6% en 2006 et 3% en 2007. En parallèle, le commerce mondial a paradoxalement enregistré une accélération, puisque sa croissance en volume devrait atteindre près de 9% en 2006 contre 7,6% l’an dernier. Selon l’assureur-crédit Euler Hermes SFAC, le second souffle de la croissance mondiale ne pourrait se produire qu’à partir de 2008.
~ Croissance mondiale : la tendance à la baisse initiée en 2005 se confirme pour 2006-2007.
L’année 2005 a marqué un tournant dans le cycle mondial. L’économie mondiale est désormais dans une phase de ralentissement, qui devrait être encore plus manifeste à partir du 2ème semestre 2006. Le taux de croissance sur l’ensemble de l’année 2006 serait de 3,6%.
..La hausse des taux américains devrait brider la consommation et ralentir la croissance en 2006-2007
Les Etats-Unis sont désormais en décélération avec une prévision de croissance de 3,2% pour 2006 contre 4,2% en 2004. A l’horizon 2007, la hausse des taux américains devrait finir par peser sur la consommation américaine (aujourd’hui financée par un taux d’épargne négatif) et limiter la croissance à seulement 2,4% pour l’année 2007.
..La dégradation de l’économie régionale asiatique menacerait la croissance japonaise
Le Japon a cessé d’accélérer en 2006. La croissance japonaise devrait perdre 0,1 point pour s’établir à 2,5% en 2006. En Asie, le ralentissement du commerce mondial freinera en 2007 les économies qui demeurent trop dépendantes de la demande extérieure. L’archipel japonais devrait ainsi enregistrer une nouvelle baisse de sa croissance, à seulement 1,9%.
..Zone euro : reprise trop timide et hausse de la TVA allemande limitent les perspectives
La reprise de la zone euro enregistrée en 2006 est trop modeste (+0,5 point à 1,9%) pour faire contrepoids aux contre-performances américaine et asiatique. L’impact négatif du resserrement monétaire européen (hausse du taux de change et du taux d’intérêt) et la hausse de la TVA allemande début 2007 réduiront à la fois la consommation et le commerce européens. La croissance de l’Eurozone retomberait à 1,5% en 2007.
Cette combinaison mondiale ne devrait pas conduire à une récession, mais à un net ralentissement de l’économie mondiale en 2007 (3%). « Grâce à la modération de l’inflation qui redonnera un peu de pouvoir d’achat aux ménages partout dans le monde, l’économie mondiale devrait réussir un atterrissage en douceur, malgré le développement des déséquilibres commerciaux », explique Philippe Brossard, Directeur de la Recherche d’Euler Hermes SFAC.
~ L’intensification des échanges internationaux se confirme, mais ne crée pas de valeur ajoutée supplémentaire
Alors que la croissance mondiale s’installe dans une phase de ralentissement, on assiste paradoxalement à une accélération du commerce mondial, dont la croissance (en volume) atteindrait presque 9% cette année contre 7,6% l’an dernier.
..Les échanges internationaux portés par la vigueur des Etats-Unis, de l’Europe et du Japon
Aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, les importations ont continué de rapidement progresser au 1er trimestre (respectivement de 3,1 % et de 5,7 %) en raison de la vigueur de la demande domestique. A l’opposé, les industriels japonais ont profité pleinement de la dépréciation du yen - bien que la tendance se soit inversée depuis - et de la vitalité des économies de ses principaux partenaires asiatiques. En Europe, l’environnement international de la zone euro joue un rôle d’entraînement qui se lit dans la bonne orientation des exportations.
..Une croissance déséquilibrée des échanges mondiaux
Toutefois, les déséquilibres des transactions courantes se creusent, accentués par la hausse des cours du pétrole. D’après l’OMC, la part des combustibles et des autres produits miniers dans le commerce mondial des marchandises a ainsi atteint 16 % en 2005, soit son plus haut niveau depuis 1985.
« Les biens circulent de plus en plus, comme si les processus productifs étaient de plus en plus émiettés entre les diverses parties du globe, mais sans engendrer finalement plus de croissance de la valeur ajoutée. On touche là les limites des politiques de croissance fondées sur les exportations, pratiquées non seulement par les pays émergents, mais aussi par certains pays anciennement industrialisés, comme l’Allemagne ou le Japon », commente Philippe Brossard.
..2007 : croissance et commerce ralentissent à l’échelle mondiale
En 2007, le tassement de la croissance mondiale se traduira par une modération de la croissance du commerce mondial, qui reviendrait à environ 7%. Les importations des Etats-Unis et de la Chine ralentiraient simultanément, tandis que le commerce intra-européen sera pénalisé par la rechute de la consommation allemande.
« La croissance mondiale ne peut retrouver un second souffle (en 2008), qu’avec la relève de la consommation américaine par les pays qui ont accumulé un fort excédent de leur balance courante au cours de ces dernières années. Il serait logique que ceux qui ont un excédent structurel d’épargne, cessent de la prêter à ceux qui sont en déficit chronique, et le consomment directement, plutôt que de l’accumuler dans des réserves de changes, inévitablement vouées à la dévaluation sur le moyen terme », conclut Philippe Brossard.

