Communiqué météo des secteurs (26.07.2006)
L’automobile pèse sur la croissance en 2006 », selon le baromètre sectoriel Euler Hermes SFAC
Selon le baromètre sectoriel trimestriel de l’assureur-crédit Euler Hermes SFAC, la production industrielle devrait progresser de 1 % en 2006. C’est l’image d’un bilan contrasté avec trois secteurs qui tirent la croissance : l’aéronautique qui est en plein essor (+12 % pour 2006) malgré ses déboires médiatisés, l’industrie pharmaceutique qui reste en grande forme (+8 %) et la construction. Un secteur est en crise : l’industrie automobile qui réduit à elle seule de 0,7 % la production manufacturière totale.
1. La production industrielle progressera de 1% en 2006 grâce à trois secteurs
• Tiercé gagnant avec l’aéronautique, la pharmacie et la construction
Les biens d’équipement sont dynamiques grâce au secteur aéronautique qui demeure en pleine expansion (+12 % attendus en 2006), malgré les déboires médiatisés d’Airbus. Les sous-traitants tournent à plein régime et les retards de livraison sont symptomatiques d’une saturation des capacités de production.
Le secteur des biens de consommation (+2,9 % attendus en 2006) est porté par le secteur pharmacie- cosmétique, mais reste victime d’une désindustrialisation chronique dans l’habillement (-8 % prévus), mouvement qui semble gagner le meuble (-2 % attendus), alors que la production rebondit dans l’électroménager mais sur des bases très affaiblies.
Le secteur de la construction reste dynamique (+ 3% en volume attendus en 2006) et les marges sont renforcées par les hausses de prix (3,4 % en moyenne pour 2006).
• Un bilan mitigé pour la grande distribution alimentaire et les transports
La grande distribution alimentaire peine à tirer parti de la hausse de la consommation, et se trouve confrontée à une concurrence intensifiée par la réforme de la loi Galland, qui l’amènera à céder une fraction de ses marges. Ceci pèse en amont sur l’industrie agroalimentaire, qui reste en quasi stagnation, les difficultés du marché intérieur étant renforcées par la perte de compétitivité internationale.
Les transports bénéficient du léger rebond de l’industrie, mais peinent à transmettre les hausses des coûts, et connaissent une nette érosion des marges depuis deux ans.
• Des services bien orientés
Les secteurs non industriels sont principalement tirés par les activités financières et immobilières qui bénéficient directement du dynamisme de la construction. Les services téléphoniques et informatiques demeurent bien orientés.
2. L’automobile pèse sur la croissance
• Marasme de la production automobile
L’industrie automobile française traverse une véritable crise de production. Celle-ci a connu une chute, en volume de 11 % entre le 4ème trimestre 2004 et le 2ème trimestre 2006. Pour l’ensemble de l’année 2006, la baisse de production devrait être de 5 %, sur la base d’une stabilisation de la situation au 2ème semestre. Cette baisse réduit à elle seule de 0,7 % la production manufacturière totale, qui devrait progresser de 1 % seulement cette année.
Cette crise résulte de la conjonction d’une relative mévente des modèles français et d’un mouvement de délocalisation de la production - la production automobile tchèque progresse au rythme de 75 % par an - plus manifeste aujourd’hui sur l’amont de la filière que sur l’assemblage proprement dit.
« Cette crise n’empêche pas les constructeurs français d’afficher des résultats encore assez satisfaisants, forts de la diversification internationale de leur production. Les grands équipementiers tentent de résister en multipliant les plans de réduction d’effectifs français, signalant de façon plus manifeste que les constructeurs la réduction des capacités de production française. Elle se fait finalement surtout sentir en dehors du secteur à proprement parler, dans la métallurgie et la plasturgie, où les sous-traitants se voient placés devant la difficile alternative de perdre leurs marges ou de perdre leurs marchés », commente Yann Lacroix, responsable du département des études sectorielles Euler Hermes SFAC.
• Le remède à la désindustrialisation : une meilleure gestion du taux de change
Cette situation devrait relancer le débat sur le risque de désindustrialisation en France après la disparition du textile et de l’électroménager. On peut se demander si l’automobile subira le même sort. Trois pistes sont envisageables pour remédier à la désindustrialisation.
- L’austérité salariale
Elle a été pratiquée par l’Allemagne ces 5 dernières années. Les salaires horaires allemands ont augmenté de 7 % depuis 2000, contre 18 % en France : la France a subi une perte de compétitivité de 10 %. Mais cette solution a l’inconvénient de casser la consommation et d’affecter les exportations des partenaires commerciaux.
- La baisse des charges sociales
Celle-ci suppose soit une hausse des déficits (interdite par le traité de Maastricht), soit un transfert sur d’autres prélèvements comme la TVA. C’est ce que se propose de faire l’Allemagne début 2007, la conséquence étant d’affecter la consommation.
- Une meilleure gestion du taux de change
« Non seulement les européens devraient plus se préoccuper du taux de change de l’euro face aux grandes devises (dollar, yen, et désormais yuan), mais ils devraient aussi plus se soucier au sein même de l’Europe, des distorsions qui existent entre la zone euro et les nouveaux états membres. Cette question est d’autant plus importante que ces pays s’apprêtent à entrer dans la zone euro dans les quatre années qui viennent, c'est-à-dire à geler leur taux de change contre l’euro. A cette occasion il sera essentiel que les taux de change de conversion reflètent effectivement des parités de coûts salariaux, et non pas seulement les dernières fantaisies des marchés financiers », conclut Philippe Brossard, directeur de la recherche Euler Hermes SFAC.

