Analyse des risques pays 2006-2007

« Des risques pays 2007 potentiellement plus élevés, après 4 années favorables»Analyse de l’assureur-crédit Euler Hermes SFAC

Le Groupe Euler Hermes suit en permanence les risques pays* de la planète en combinant approche politique et économique. 240 pays sont notés sur cette échelle de risque de six notes : AA/A/BB/B/C/D allant du plus sûr au potentiellement le plus dangereux. Les évaluations du risque économique (déséquilibre macro économique et climat des affaires) et du risque politique (efficacité gouvernementale et carences systémiques) sont combinées pour donner la note pays ; un même grade peut correspondre à des combinaisons très différentes du risque économique et du risque politique. Selon l’assureur-crédit, après une stabilisation du risque en 2006, les risques pays pourraient être un peu plus élevés en 2007.

1. Stabilisation du risque pays en 2006

2000-2002, augmentation du risque pays en raison de la crise
Les changements de grades sont corrélés à l’évolution de l’économie mondiale. En effet, le ralentissement de l’économie mondiale en 2000-2002 s’est traduit par une augmentation du risque pays. Cette remontée est mesurable par les révisions à la baisse des notes pays d’Euler Hermes durant cette période.

2003-2005, baisse du risque pays grâce au redémarrage de l’économie mondiale
Avec le redémarrage de l’économie mondiale en 2003, le risque pays a eu tendance à baisser. Il s’est ensuite stabilisé en 2006.
« Nous avons procédé cette année à autant de baisses que de hausses de notes, commente Philippe Brossard, directeur de la recherche chez Euler Hermes SFAC. Les pays dont nous avons baissé le grade sont : l’Ukraine(D), le Liban (D), l’Islande (A), l’Iran (D) et la Bolivie (D). Les grades qui se sont améliorés sont ceux du Cameroun (C), de Macao (A), du Bouthan (C), de l’Uruguay (B) et de la Corée du sud (A). »
Evolution des grades pays entre 2000 et 2006

Euler Hermes SFAC souligne que près de 50% des pays sont notés C ou D et ils représentent 10% de l’économie mondiale (mesurée par le PIB). Une majorité de notes D est concentrée en Afrique et en Asie. En effet, les notes C et D concentrent plus de la moitié des pays d’Asie du Sud, centrale et de l’Est, ainsi que la moitié des pays d’Europe centrale, de l’Est et Russie.

2. Un atterrissage en douceur de l’économie mondiale en 2007

Ralentissement de la croissance mondiale en 2007
La croissance mondiale a réaccéléré en 2006, principalement grâce à la forte croissance européenne du 1er semestre. Mais un ralentissement est déjà amorcé aux Etats-Unis, qui se diffusera graduellement dans les autres zones. L’Europe est en train de ralentir, sous l’effet de trois facteurs : la hausse des taux d’intérêts (150 points de base bases depuis décembre 2005), la hausse de l’euro et la hausse de la TVA allemande (janvier 2007). Le commerce mondial va ralentir de 9% en 2006 à 6,6% en 2007 en raison du ralentissement de la demande aux Etats-Unis et du ralentissement du commerce intra européen.

Les pays émergents seront touchés par le ralentissement du commerce mondial
Les pays émergents devraient conserver des rythmes de croissance nettement plus élevés que les pays anciennement industrialisés, mais le ralentissement des pays anciennement industrialisés (PAI), pesant sur le commerce mondial, devrait leur coûter de 0,5 % à 1 % de croissance.

« Certains pays souffrent déjà d’un déficit de leur balance courante, comme la Turquie. Cette dernière a également une inflation forte ainsi que des pays comme la Russie et l’Iran. L’Amérique latine souffrira un peu plus en 2007 du fait du ralentissement de l’économie américaine. En effet, 40% des exportations de l’Amérique latine vont vers les Etats-Unis », commente David Atkinson, économiste Euler Hermes UK.

Modération des prix des matières premières et inflation mondiale inférieure à 2% en 2006 et 2007
Dans un environnement économique moins favorable, les prix des matières premières devraient reculer de 3% en 2007 après une hausse de 21% en 2006. Les prix du pétrole devraient se stabiliser à environ 65 dollars le baril en 2007 avec une marge de volatilité tant à la hausse qu’à la baisse – les problèmes autour de certains grands producteurs (Iran, Nigéria…) entretenant des craintes sur le réapprovisionnement. Cette stabilisation contribuera à la baisse de l’inflation dans la plupart des pays. L’inflation mondiale sera de 1,4% en 2007 après 1,6% en 2006.

Les taux d’intérêt vont se stabiliser – sauf en Asie
La FED et la Banque Centrale Européenne devraient maintenir leurs taux directeurs en 2007 au niveau atteint fin 2006. La Banque du Japon augmentera les taux très lentement au cours de 2007. Le dollar devrait lui se renforcer face à l’euro à cause de la différence des taux.

3. Des facteurs de risques existent en 2007

Après quatre années de baisse du risque, les risques pays pourraient être un peu plus élevés en 2007. L’économie tournant au ralenti sera plus vulnérable aux chocs.

« Cinq grands facteurs de risques potentiels sont à prendre en compte : une chute plus brutale que prévue des Etats-Unis, une baisse des prix des matières premières (hors pétrole), les évolutions erratiques du pétrole (à la hausse ou à la baisse), une remontée du coût du financement extérieur des pays émergents et les tensions géopolitiques », commente Manfred Stamer, économiste Euler Hermes Allemagne.

1er risque : impact de l’atterrissage brutal des Etats-Unis sur l’Asie
Une décélération plus brutale aux Etats-Unis aurait un fort impact sur les pays dépendants de la conjoncture américaine. Il serait difficile à l’Asie d’éviter un ralentissement brutal. Ce scénario de « hard landing » pourrait provoquer une remise en cause de la liberté du commerce (le taux de change étant actuellement très favorable à la Chine).

2nd risque : la baisse des matières premières non pétrolières
La tendance à long terme du cours des matières premières non pétrolières est à la baisse et non à la hausse. La dépendance vis-à-vis des matières premières est traditionnellement synonyme de risque élevé. En cas de retour à la tendance, une bonne partie de l’Afrique subsaharienne et de l’Amérique latine serait vulnérable. Le Chili, dont la situation fondamentale est plus saine, serait relativement épargné.

3ème risque : évolutions erratiques des prix pétroliers
Après la forte hausse des prix dont ils ont bénéficié, les pays producteurs pourraient voir brutalement ressurgir les difficultés passées en cas d’une forte baisse des prix.

4ème risque : Retournement du régime de taux d’intérêts faibles
Les conditions de financement extrêmement favorables dont ont bénéficié les pays émergents sont-elles durables ? Il existe un risque de retournement brutal. « Parmi les grands marchés, la Turquie - fort endettement extérieur et fort déficit de la balance courante - et la Hongrie sont les plus vulnérables sur le marché des changes », observe Andrew Atkinson, économiste Euler Hermes UK.

5ème risque : Risques géopolitiques
Des situations délicates seront à gérer comme la question nucléaire, principalement en Iran, les événements au Moyen-Orient (Liban-Israël), le contentieux commercial Etats-Unis/Chine, dont l’impact dépasse le cadre purement régional.

« Notre scénario central reste celui d’une nette décélération de l’économie mondiale, mais sans développement catastrophique. Le ralentissement devrait contenir en lui-même son propre antidote en permettant une détente sur le marché des matières premières et un recul significatif de l’inflation. Celui-ci viendra soutenir le pouvoir d’achat des ménages un peu partout dans le monde courant 2007, et tout particulièrement aux Etats-Unis, compensant ainsi les effets du ralentissement de l’emploi et de la baisse des prix de l’immobilier. Mais on ne peut ignorer que le risque de « hard landing » - ce scénario ayant une probabilité de 20% - pourrait déclencher tout ou partie des quatre autres grands risques mentionnés sur les matières premières, le pétrole, le financement ou les tensions internationales », conclut Philippe Brossard.

* Les risques pays se définissent comme les conditions et événements systémiques échappant au contrôle des acheteurs individuels (sociétés), susceptibles d’entraîner des interruptions de paiement. Différents événements déclencheurs : dévaluation de la monnaie locale (crise asiatique 1997), pénurie des réserves de change (Russie 1998), non paiement de la dette (Argentine 2001)…

    Allianz Logo