La réforme de l'assurance-crédit
Interview de Michel Mollard, Président du Directoire
d'Euler Hermes SFAC par BFM Radio
27 novembre 2008
Extrait du script de l'interview...
FABRICE LUNDY
Le nombre de défaillances devrait croître de 25 % dans les pays de l’OCDE, une enquête que vous signez, Euler Hermes SFAC. Face à la difficulté des entreprises à s’assurer, le Gouvernement apporte sa garantie, le Gouvernement apporte son soutien à l’assurance-crédit. Les assureurs-crédit, votre métier, je résume en un mot, c’est régler les impayés en cas de faillite ; évidemment, il y en a de plus en plus. Et justement, ce matin, c’était Caroline Morisseau qui nous disait sur BFM : « L’assureur crédit va continuer de prendre en charge une partie du risque, l’Etat prendra le reste à sa charge ». C’est un petit peu le même principe que l’assurance-maladie lorsqu’elle est couverte, d’un côté, par la Sécu, et de l’autre, par une complémentaire santé. L’image est bonne ? Comment cela va fonctionner, Michel Mollard ?
MICHEL MOLLARD
C’est exactement cela, vous l’avez parfaitement résumé. C’est un partage de risque avec l’Etat simplement sur les risques qui sont les plus sensibles, parce qu’il y a encore, aujourd’hui, des tas de risques qui sont parfaitement assurables, mais certains, du fait de la dégradation économique, le sont un peu moins. L’Etat intervient par un mécanisme de partage de risque et c’est très intelligent.
FABRICE LUNDY
Oui. La France est le tout premier pays à mettre en place ce type de dispositif. Les mesures qui ont été présentées à midi, en quoi seront-elles plus efficaces ?
MICHEL MOLLARD
Cela va nous permettre, nous, assureurs-crédit, de rester sur certains risques, dont sinon nous nous serions retirés. Tout le monde en bénéficie, à la fois les fournisseurs et les clients et, ultimement, l’économie française. Ce dispositif est conçu pour six mois renouvelables. Je pense qu’il y a vraiment eu un travail formidable avec les équipes de Christine Lagarde. En un mois, on a réussi à mettre en place quelque chose qui, à mon avis, est bien pensé.
FABRICE LUNDY
Laurence Parisot qu’on a entendue tout à l’heure sur BFM, la Présidente du MEDEF, disait : « Voilà ! C’est bien ! Cela consolide le système, mais cela ne résout pas tout. Il faut encore plus. Il faut notamment un dialogue avec les assureurs-crédit. Il faut que les assureurs-crédit expliquent mieux, comprennent mieux leur système de notation sur les entreprises ». Sur quels critères vous jugez les entreprises ? Qu’est-ce que vous pourriez faire en plus pour répondre aux souhaits de Laurence Parisot ?
MICHEL MOLLARD
Tout d’abord, Euler Hermes SFAC est le premier assureur-crédit en France depuis 1927. Nous avons 300 personnes en province qui rencontrent des dizaines, des centaines de milliers d’entreprises chaque année. Et je pense que quand Laurence Parisot parlait d’un meilleur dialogue, elle ne parlait pas de nous… Nous sommes en constante relation avec les entreprises, très ouverts à discuter avec elles de leur situation. C’est notre métier.
FABRICE LUNDY
Alors, tout de même, sur quels critères vous jugez les entreprises ? Est-ce que vous avez restreint, durci un petit peu ces critères, Michel Mollard ?
MICHEL MOLLARD
Sur quels critères ? Une batterie de critères, parce qu’une entreprise, c’est une aventure humaine, ce n’est pas seulement un bilan, c’est pour cela que nous allons à leur rencontre, que nous discutons avec les dirigeants, que nous regardons leur stratégie, que nous visitons les entreprises, et c’est sur cette base que nous nous faisons un jugement.
FABRICE LUNDY
Oui, un jugement, mais on vous a un petit peu accusé, vous, les assureurs-crédit en général, je ne parle pas d'Euler Hermes SFAC, dont vous êtes le Président, Michel Mollard, mais peut-être d’avoir durci votre attitude, d’avoir augmenté vos tarifs, est-ce que c’est vrai ou pas ?
MICHEL MOLLARD
Nos tarifs, comme toujours en cas de crise, pour nos assurés, nous les augmentons, c’est parfaitement normal, tout assureur le fait. Il ne faut pas confondre les causes et les conséquences. Aujourd’hui, vous le disiez à l’instant, on est dans une situation économique qui est d’une extrême gravité. Je l’ai dit à Madame Lagarde, ce matin, je pense que ce ne sont pas nous les assureurs-crédit, ni les banquiers, qui ont la clé unique de la solution à la crise que nous vivons ! Il faut bien voir que si on est dans la situation dans laquelle on est, c’est parce qu’il y a une fuite des carnets de commandes, parce qu’il y a une baisse de la demande qui appelle des mesures du Gouvernement.
FABRICE LUNDY
Oui. Combien vous prenez de garanties supplémentaires, en plus, compte tenu de cette crise, par exemple, quotidiennement, mensuellement, je ne sais pas quels sont vos chiffres, Michel Mollard ?
MICHEL MOLLARD
Ecoutez ! Ce que je peux vous dire, c’est que nos encours sont stables, depuis le début de l’année, sur les entreprises françaises; ce qui, dans le contexte actuel, est loin d’être négligeable. Nous garantissons environ 15 % du crédit interentreprises en France, c’est-à-dire que sur un flux de 1 600 milliards d’euros annuel, on en garantit à peu près 210 et nos encours sont stables, la semaine dernière, je peux vous dire qu’ils ont encore augmenté de 100 millions d’euros, et que chaque jour, nous garantissons 6 000 à 6 500 nouvelles demandes.
FABRICE LUNDY
Nouvelles garanties supplémentaires chaque jour, 6 000, voilà. Merci, en tout cas, de votre témoignage. Voilà le leader du secteur, le leader de l’assurance-crédit, Euler Hermes SFAC, le Président, Michel Mollard. Merci, à très bientôt sur BFM !

