Décryptage - conjoncture, risques et défaillances dans le monde

Conjoncture internationale - les risques du monde

Demain ne meurt jamais

Il est toujours utile de faire un bilan rétrospectif de ce que l’on avait bien anticipé et de ce que l’on avait mal anticipé dans nos décisions passées, afin d’améliorer les décisions que l’on doit prendre dans le présent.

Revenons quelques mois en arrière, il y a un an : voilà ce que nous écrivions dans le bulletin économique du 21 mai 2008 :

“... ce sont désormais des contre chocs sur l’ensemble des marchés de crédit aux entreprises et aux ménages qui sont anticipés : la diffusion de la crise à l’économie réelle via la restriction des mécanismes de crédits ne fait que s’amorcer au printemps 2008. Quand un “crédit-crunch” démarre sur un marché particulier, l’histoire économique nous apprend qu’il frappe de manière un peu aveugle les autres marchés…Tout est en place pour le deuxième acte de la crise financière de 2008.”

Etrange de relire ces lignes en se remémorant qu’à l’époque bien peu en Europe envisageait une “crise” économique ; étrange de reprendre cette analyse, qui s’est révélée juste au regard des événements qui ont suivi, avec la plongée dans une récession historique de toute l’OCDE ou les chocs effectivement imprévisibles que furent la faillite de Lehman brothers ou la division par presque 2 de la production automobile mondiale. Bien sûr, dans ce bilan rétrospectif la modestie s’impose car les coups subis depuis un an par l’économie mondiale ont dépassé tout ce qui était prévu… mais on peut tirer au moins une leçon de ce regard rétrospectif : lorsque l’on opte pour la rationalité et le réalisme, on a de bonnes chances de s’approcher de la réalité.

En étant rationnel et réaliste, que peut-on dire de demain ?
Ce qui est irrationnel c’est la vague d’optimisme infondé qui s’est répandue au cours des mois de mai et de juin au sein des bourses mondiales et des opinions publiques : comment peut-on croire qu’après le tournant historique de la crise de 2009 tout pourrait repartir comme avant ? Etre rationnel nous oblige à admettre que les problèmes structurels profonds à l’origine de cette crise, essentiellement la trop grande émission de crédit au regard de la productivité des économies, ces problèmes ne sont pas résolus. Et que le temps nécessaire pour redessiner les systèmes, les équilibres et les contrôles sera évidemment long. Etre réaliste nous invite à penser qu’après les chocs absolument inédits subis par le tissu économique mondial, offre comme demande, crédit comme épargne, le temps nécessaire à la stabilisation conjoncturelle va également être long… mais qu’il viendra nécessairement. Concrètement, il est probable que le pire soit derrière nous, mais nous entrons dans une période de convalescence, pendant laquelle la croissance ne devrait se redresser que faiblement, et seulement dans quelques zones du monde, celles qui ont opté pour une relance massive immédiate (Etats-Unis, Chine).

L’économie n’est pas une affaire de psychologie : mieux vaut anticiper pour faire face et ne pas se laisser leurrer par quelques hirondelles de printemps. Des décisions doivent être prises par les entreprises actuellement : celles qui feront preuve de réalisme et de prudence jusqu’à l’été 2010 sauront mieux que d’autres saisir toutes les opportunités et ressortir plus fortes de cette longue période de glaciation. En d’autres termes, demain ne meurt jamais, mais la nuit peut être longue.

Karine Berger, Directrice des Marchés et Marketing Groupe

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