Décryptage - conjoncture, risques et défaillances dans le monde

La météo des secteurs français

Après le déstockage ?

Des replis exceptionnels de niveau de production ont été enregistrés au 1er semestre 2009 dans presque tous les secteurs français, mais ce ne fut pas totalement vain car les stocks ont retrouvé dans la plupart des cas des niveaux “normaux”.

Un point haut historique de stocks avait en effet été atteint en décembre 2008 pour l’automobile et pour les biens intermédiaires, et en janvier 2009 pour les biens de consommation, essentiellement par manque d’anticipation du retournement de la demande. La myopie de la plupart des secteurs sur leur demande finale les avait amenés à poursuivre leur production à plein régime jusqu’au début de l’automne 2008, alors que les exportations françaises s’effondraient depuis mai…et que la consommation s’était arrêtée de progresser depuis fin 2007 !

Au prix de six mois de récession historique en France pour l’industrie manufacturière (-18 % fin mai par rapport à l’année d’avant), fin juillet l’ajustement était réalisé, puisque les industriels jugeaient que pour ces trois secteurs clés de la crise leurs stocks étaient revenus en dessous de leur moyenne de long terme. Seuls les industriels de biens d’équipement signalent toujours un excès de stocks. En tout état de cause, après ces ajustements plus ou moins aboutis, la question principale porte sur l’évolution du nouvel équilibre entre offre et demande à la rentrée de septembre.

Certes, un rebond technique de production aura lieu entre le 2e et le 3e trimestre afin que la production revienne en ligne avec l’évolution de la demande globale? Mais, après le déstockage, ce qui dictera le profil d’activité de la France sera l’évolution de la demande, à la fois interne et externe.

Quelles sont les perspectives de la rentrée 2009 ?
A l’été, les seuls indices tangibles peuvent être recueillis dans les carnets de commande ; or ces derniers sont signalés…toujours en dégradation! Les entreprises sont unanimes sur au moins un point : la visibilité de la rentrée de septembre est nulle, et si une reprise des commandes devait permettre de faire repartir la dynamique, elle ne sera discernable qu’au tout dernier moment. Le scénario de la rentrée 2009 est par conséquent à très haut risque. La montée du chômage toujours rapide en France va continuer de freiner l’évolution de la consommation des ménages ainsi que leurs dépenses de logement. Avec une circulation du crédit dans l’économie toujours difficile, et aussi peu de perspectives à un ou deux ans, les investissements des entreprises sont durablement bloqués. Enfin, la situation conjoncturelle extraordinairement détériorée de l’Espagne et du Royaume-Uni pèse fortement sur les exportations françaises, dont le niveau a baissé de -21 % en seulement un an. Cela signifie que si les chutes vertigineuses de production sont bien derrière nous, la reprise de la production ne peut pas être envisagée immédiatement. Cela signifie aussi que les pertes de trésorerie de bon nombre d’entreprises françaises, dans les secteurs industriels et du BTP, mais aussi des transports et du commerce, vont se poursuivre pendant de longs mois. Jamais, en dehors des périodes de guerre, l’économie française n’avait été secouée comme elle vient de l’être. Nul doute par conséquent que des dégâts conséquents vont être constatés et que beaucoup de blessures vont devoir être pansées. Après le déstockage, la rentrée de septembre va révéler en pleine lumière l’état de choc de l’économie française.

Karine Berger, Directrice des Marchés et Marketing Groupe


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