Défaillances d'entreprises en France
Les trompettes de la reprise ?
Gageons que le débat va enflammer les discussions des prochaines semaines : la reprise est-elle enfin arrivée ou au contraire la crise se poursuit-elle ?
La réponse risque d’être particulièrement difficile à donner et elle ne pourra pas être univoque, car les profils d’activité attendus dans les trimestres à venir en France et en Europe seront particulièrement erratiques. Mais le débat sur le sujet devrait être long, donc avant de faire sonner les trompettes de la reprise, il paraît important au préalable de s’entendre sur un point : qu’appelle-t-on reprise en économie exactement?
Pour beaucoup, la simple sortie de récession, c’est-à-dire une croissance de nouveau positive d’un trimestre sur l’autre du PIB, sera synonyme de reprise. Après les pires trimestres économiques enregistrés dans l’OCDE depuis soixante ans, il est vrai que retrouver le chemin de la croissance est en soi une bonne nouvelle. Sous cet angle-là, dans cette acceptation du terme reprise, on peut effectivement dire qu’elle est là dès l’été 2009 et même que 2010 sera une année de reprise.
Pour d’autres analystes, la reprise a une signification plus exigeante : peut-on vraiment parler de reprise si les niveaux d’activité demeurent inférieurs à ceux atteints avant le déclenchement de la récession? Avoir, pour une économie, des niveaux de production industrielle ou de PIB inférieurs pendant plusieurs trimestres, voire plusieurs années, à ceux enregistrés début 2008 constitue bien un problème important car cela signifie que cette économie, même en croissance, ne crée plus autant de richesses qu’avant ; l’une des conséquences est par exemple que le taux de chômage demeure mécaniquement plus élevé que celui constaté avant le déclenchement de la récession car le niveau d’emploi est lui aussi inférieur. De ce point de vue, malheureusement, de nombreux facteurs amènent à penser que la “reprise” ne serait pas validée dans de nombreux pays de l’OCDE, en premier lieu dans la zone euro. Enfin, une analyse plus économique de la notion de “reprise” consiste à s’intéresser à “l’output gap” c’est-à-dire l’écart entre le niveau de production constaté d’une économie et son niveau potentiel, qui dépend essentiellement de sa productivité et de sa force de travail. La croissance de ce niveau potentiel est appelée croissance potentielle.
Tant que le taux de croissance de l’économie demeure inférieur à celui de la croissance potentielle, on est en situation de “crise”, car la dépression de la demande bloque la progression de l’offre. Pire, une situation durable de croissance inférieure à la croissance potentielle provoque des mécanismes d’hystérèse, c’est-à-dire que c’est la croissance potentielle qui baisse peu à peu. Rappelons que c’est la principale justification keynésienne d’un soutien publique de la demande dans les situations de crise. Ce sera à mes yeux la question centrale des prochains trimestres : les économies vont-elles ou non rejoindre leur croissance potentielle? Et sinon, quels sont les risques que la crise de 2009 ait durablement abaissé la croissance potentielle de certaines économies ? Au-delà des questions de sémantique, la rentrée 2009 va bien être passionnante.
Karine Berger, Directrice des Marchés et Marketing Groupe
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