Conjoncture internationale - les risques du monde
Personne n’a su ni rien oublier, ni rien apprendre
La formule fut prononcée en 1814 par l’insubmersible Charles de Talleyrand, ambassadeur ou ministre de 6 régimes et rescapé d’encore plus de crises dans la France tourmentée du tournant du XIXe siècle. Un an après la chute de la banque de Lehman Brothers, on est tenté de croire que la leçon de survie vaut toujours face aux révolutions économiques modernes...
D’abord “ne rien oublier”.
Il y a seulement quelques mois, écrasé par des chaînes de crédits insolvables, emporté par l’explosion des bulles et la panique générale, le système financier mondial était donné pour mort ; les critiques se levaient de toute part pour condamner des acteurs financiers dont les comportements spéculatifs étaient jugés inacceptables et destructeurs. Les conséquences sur l’économie mondiale en ont été (et en sont toujours) dramatiques : l’année 2009 restera comme la première année de récession mondiale hors période de guerre. Les chutes des productions et des exportations ont presque rivalisé avec celles des bourses : –15% de production industrielle mondiale au printemps et presque –20% d’importations mondiales au même moment. Et jusqu’à la fin de l’année 2010, le chômage va continuer à s’envoler, avec 25 millions de personnes qui auront perdu leur emploi à cause de cette crise historique selon l’OCDE (dans la seule zone de l’organisation). Pourtant, en ce mois de septembre 2009, j’ai bien l’impression que “personne n’a su rien apprendre” de ces bouleversements. Les rebonds impressionnants observés dans la sphère financière, alors même que les conséquences de la crise pèsent toujours sur la profitabilité des entreprises, suggèrent que les comportements mimétiques sont repartis de plus belle. Ils font douter que des leçons aient été tirées des erreurs de politiques monétaires passées, qui ont entraîné un excès de crédit à la racine de la crise.
Encore plus frappant
Le “tarissement” rapide de la coopération entre les institutions bancaires et les gouvernements,lorsqu’il faut réfléchir à des contrôles sur la rémunération du risque. Rappelons que cette coopération a permis le sauvetage de justesse du système à l’automne dernier. Dans le même ordre d’idée, les appels actuels à soutenir le crédit dans les secteurs du BTP semblent manquer de prudence puisque c’est l’explosion passée des prix et l’endettement qui est le fait générateur de la crise. Le mot crise lui-même semble avoir été banni des Unes des journaux au profit des termes “reprise” ou “redémarrage”... changement sémantique certes justifié par le fort rebond qui se produira à l’automne mais qui oublie que les plaies à panser sont encore profondes.
Finalement seuls les constructeurs industriels les plus durement frappés par la tempête ont appris quelque chose, puisqu’ils choisissent de redessiner la répartition mondiale de leurs chaînes de production. “Rien oublier et rien apprendre” permet peut être de passer les caps difficiles ; cela n’immunise pas contre les prochains chocs et ne prépare pas aux vrais bouleversements qui finissent par se produire : la fin du XIXe français l’illustre à merveille.
Karine Berger, Directrice des Marchés et Marketing Groupe.
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