Météo internationale des secteurs
La théorie des dominos
Il y a un peu plus d’un an, tous les pays et tous les secteurs ont plongé dans la crise à l’unisson. En revanche, c’est en ordre dispersé, et successif, qu’ils entament le long chemin de sortie de crise.
Le rebond industriel enregistré à l’été a offert une première illustration du tempo différent de la reprise selon les zones dans le monde.
Alors que certains experts s’alertent d’une possible surchauffe en Chine, le Royaume-Uni enregistre de nouveau au troisième trimestre 2009 une sévère récession. Il est vrai que du côté de l’empire du Milieu, non seulement les niveaux de production en automobiles et en acier d’avant la crise ont été rattrapés au début de l’été, mais le rythme d’expansion propulsé par l’immense plan de relance dépasse ceux atteints au cours des dernières années. En tout état de cause, l’effet moteur de la Chine est bien là pour le commerce de la zone Asie, ce qui se voit par exemple dans le bond des exportations japonaises pendant l’été (9%).
A partir de là, l’enchaînement géographique de la reprise se fait à la manière d’un jeu de « dominos ». L’Asie est déjà sortie de crise, les autres pays émergents rebondiront dans le courant de l’automne et de l’hiver, la montée du chômage aux Etats-Unis s’arrêtera à l’été 2010... et l’Europe sera la dernière à mettre la tête hors de l’eau en fin d’année prochaine. Du côté des secteurs, l’interdépendance est également patente. Aucun endiguement n’a été possible. Le domino central est depuis le début du plongeon constitué par l’industrie automobile, du fait de son influence sur les secteurs intermédiaires. En Asie, le rebond s’accompagne d’ailleurs de réouverture de hauts fourneaux mais aussi du redémarrage du secteur des semi-conducteurs. En Europe, le redressement des perspectives industrielles a été quasiment parallèle entre les secteurs automobiles et celui des biens intermédiaires (chimie, plasturgie). Tant que l’industrie n’a pas relevé la tête, les services aux entreprises (publicité, intérim) sont dans l’impasse, et un effet de second ordre se joue sur lesménages par le biais des ralentissements de salaire. Le commerce entre par conséquent, un peu partout dans le monde, dans une longue période de convalescence. Enfin, le secteur du bâtiment sera le dernier carré de domino : les bulles formées sont les plus longues à se résorber.
Notre météo des secteurs est sans conteste un peu meilleure que celle du printemps dernier. Mais seuls quelques secteurs bénéficient de cette éclaircie : l’orage gronde encore dans pratiquement tous les autres.
Karine Berger, Directrice des Marchés et Marketing Groupe
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