Les défaillances d'entreprises dans le monde
Ni pire, ni bien mieux
Deux records d’affilée : +26 % en 2008 et+33 % en 2009. Ce sont les progressions des défaillances d’entreprises dans le monde, du jamais vu.
Il y a beaucoup de facteurs explicatifs à ces défaillances, que l’on peut grossièrement, ranger dans deux grandes catégories ; d’une part des facteurs “économiques”, notamment des débouchés insuffisants, des erreurs stratégiques, des coûts trop élevés ou des facteurs macroéconomiques de fragilité propres à un pays ou à un secteur ; d’autre part, des facteurs “financiers” peuvent également être à l’origine de la faillite : cela va d’un financement propre insuffisant, en passant par des difficultés de recouvrement sur des clients ou encore des charges financières liées à l’endettement trop élevées.
Quelques conclusions peuvent déjà être tirées “à chaud” sur les enchaînements qui ont joué en 2008 et 2009. Premièrement, contrairement aux crises passées, le facteur financier semble avoir été un levier essentiel de l’explosion des défaillances d’entreprises en 2008; les restrictions financières subies par les entreprises à partir de l’été 2008 ont probablement expliqué la moitié de la hausse des défaillances enregistrées dans le monde. Avec des différences marquées entre pays. Ce problème a été très aigu dans les pays où les entreprises portaient une lourde de dette dans leur passif, et où justement la crise financière provoquée par le surendettement a été la plus violente. C’était le cas aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Espagne et sans doute dans plusieurs pays de l’Europe de l’Est. En revanche, dans des pays comme l’Allemagne ou la France, la restriction financière n’a que faiblement contribué à la montée des défaillances ; soit parce que cette restriction a au final été assez faible (Allemagne), soit parce que les entreprises ont recouru à d’autres moyens de financement, comme le crédit interentreprises (France).
En 2009, en revanche, la quasi-totalité de la progression des défaillances résulte du choc économique. C'est-à-dire de l’effondrement du chiffre d'affaires des entreprises, à l’origine d’un plongeon de leur profitabilité. La profitabilité d’une entreprise est d’ailleurs, habituellement, le principal facteur de défaillance. Du fait de la crise, dans tous les pays, la contraction brutale des marchés a stoppé les flux économiques, remettant complètement en question les équilibres économiques des entreprises, et donc la profitabilité. Dans ce contexte, les perspectives pour l’année 2010 sont pour le moins moroses. Le redémarrage poussif des économies que nous anticipons ne parviendra pas à compenser la chute des profits subie. Le blocage des demandes internes interdira une sortie tangible de crise avant la fin de l’année 2010. Autrement dit, les entreprises sont face à quelque dix mois de chiffre d'affaires très faibles, trop faibles pour rétablir solidement leur profitabilité. Et ce alors que beaucoup ont vu leur trésorerie essorée par les trimestres de tempêtes économiques.
L’année 2010 est par conséquent une année de transition. Globalement sans nouvelle augmentation des défaillances au niveau mondial l’an prochain, mais sans recul non plus, malgré quelques différences entre pays. Nous n’anticipons pas de nouveau dérapage, ni un apaisement durable. Ni redressement spectaculaire, ni scénario en W. Ni résorption miraculeuse des endettements gigantesques accumulés, ni – espérons-le – nouvelle course à l’endettement. Dans cet équilibre bien précaire, les choix qui attendent les gouvernements en matière de politique budgétaire, les banques centrales en matière de politique monétaire et les dirigeants d’entreprises en matière de modèles de développement sont pour le moins périlleux.
Karine Berger, Directrice des Marchés et Marketing Groupe
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