Décryptage - conjoncture, risques et défaillances dans le monde

Conjoncture internationale,
les risques du monde

Les vies parallèles

Ce plagia de Plutarque m’est inspiré par la situation mondiale de ce début 2010 : sans établir une comparaison entre la période de crise exceptionnelle que nous venons de traverser et les grands conflits du monde hellénique, on peut constater que les destinées des héros économiques modernes sont en train de se séparer.

Vue globalement, l’image semblerait assez lisse, puisque la fin de la récession et le redémarrage économique mondial sont confirmés par la plupart des indicateurs : le rebond de quelques 40% des matières premières les ramenant d’ores et déjà à leurs niveaux moyens de l’hiver 2007-2008 ; la progression des bourses mondiales d’environ 30% en un an ; ou encore la croissance de la production d’acier mondial de 30% également en un an.

Mais dans le détail, les aspérités sautent aux yeux. D’un côté, une région, l’Asie, enregistre une expansion économique où plus aucune trace de la crise de l’an passé ne subsiste. La Chine, la Corée du Sud et l’Inde ont non seulement rattrapé leurs niveaux de production d’avant le choc financier, mais sont reparties sur des rythmes de croissance très rapides. Dans les 3 pays, la production et les ventes automobiles s’envolent, la production de ciment explose et la production électrique a bondi de près de 20% en un an.

Image inverse dans le reste du monde : les Etats-Unis ont une production industrielle fin 2008 qui correspond à celle de 2002, le Royaume-Uni est revenu à ses niveaux de 1992, tout comme la zone euro. En Europe occidentale, à la différence des Etats-Unis, les ventes au détail ne cessent de baisser,malgré les mesures de soutien par le biais des primes à la casse. Un cran supplémentaire est franchi en Europe de l’Est où non seulement la contraction a été plus puissante, mais où pratiquement aucun signal d’amélioration n’est détecté.

Enfin le chemin pris par l’Amérique latine est encore différent : sans rivaliser avec la « success story » asiatique, l’embellie est très nette dans cette partie du monde, avec des demandes intérieures dynamiques et peu touchées par la crise de l’an dernier. Des vies économiques parallèles se dessinent peu à peu. Parallèles car les points de contact de ces zones semblent se réduire. Il est frappant de voir qu’à l’automne dernier le commerce intra zone en Asie a bondi de 6% tandis qu’il se contractait au Moyen Orient. Il est encore plus frappant de mettre en regard de ce chiffre l’absence patente de reprise du commerce mondial à ce stade : les indices avancés ont même recommencé à reculer à l’automne !

Nous ne comprenons pas encore tout ce que cette crise aura modifié dans l’économie mondiale, mais une direction semble se dessiner actuellement : le commerce international se restructure par zones d’influences. Moins étonnant dès lors que la Chine et la Corée du Sud soient sur le point de renforcer l’Asean. Alors qu’au cours des 10 dernières années, la mondialisation s’est structurée sur un axe d’échanges zone OCDE - zone non OCDE, elle pourrait être en train de se désagréger sous forme de plusieurs commerces intensifs parallèles, au sein de zones plus fermées... les nouvelles « mare nostrum ».

Karine Berger, Directrice des Marchés et Marketing Groupe

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