Décryptage - conjoncture, risques et défaillances dans le monde

Pétard mouillé

La reprise serait-elle en train de faire “pschitt” ?

Comme un pétard mouillé que l’on tente d’allumer sans succès, en ce début 2010, l’économie ne parvient pas à redémarrer. Vérifiée en France, cette inertie serait également observée un peu partout dans les pays de l’OCDE.

D’abord, certains pays ne sont toujours pas sortis de récession (Espagne, Grèce etc.), puis au dernier trimestre 2009 le PIB de la zone euro a progressé d’un piteux 0,1 %. Enfin, les informations disponibles pour le début de l’année 2010 sont pour le moins préoccupantes : retombée des perspectives de la consommation américaine, stagnation des perspectives de productions industrielles européennes à des niveaux bas, rechute rapide des marchés automobiles alors même que les productions industrielles sont “collées” à des niveaux 15 % inférieurs à ceux de 2008… le tout dans un climat de tensions montantes sur les marchés obligataires.

Que se passet- il ? Pourquoi, contrairement à toutes les expériences passées de crises conjoncturelles, la crise de 2008-2009 ne semble pas trouver de voie de sortie solide dans les pays de l’OCDE? Est-ce la faute de la mèche du pétard (leviers de redémarrage) ou la faute du pétard (cycle économique) lui-même ? Sans doute un peu des deux.

Concernant le cycle tout d’abord, il est possible que l’ampleur du choc de l’an dernier témoigne d’un bouleversement durable de la régularité des fluctuations de l’économie. Au-delà d’une crise conjoncturelle, la récession mondiale de 2009 pourrait être l’expression d’un changement de paradigme, ou du moins d’une secousse sérieuse du modèle de référence.

On se doutait qu’une partie de la croissance des économies de l’OCDE depuis 2004 avait été nourrie par la création d’argent, c’est-à-dire par une augmentation du crédit dans l’économie mondiale supérieure aux besoins des économies réelles. Il ne peut plus être exclu que la création monétaire était, en fait, le principal ressort de la croissance, dès lors artificielle, dont ont bénéficié les économies de l’OCDE entre 2004 et 2008… Cette grille de lecture expliquerait notamment que dès que l’on commence (c’est ce que les banques centrales américaines et européennes tentent de faire actuellement) à retirer les perfusions de création monétaire mises en place aux Etats-Unis et en zone euro depuis 18 mois (taux d’intérêt proches de zéro, rachats d’actifs sur les marchés), la machine se bloque instantanément.

Sans accélération permanente du crédit, plus de croissance. Si cette hypothèse était vérifiée, ne nous cachons pas que nous ferions face à un très sérieux problème : il s’agit tout simplement du scénario de déflation mondiale. Dans ce cas, il est évidemment souhaitable que ce soit plus la faute de la mèche que celle du pétard, c’est-à-dire que l’explication du redémarrage poussif soit à trouver dans la trop grande faiblesse des leviers de redémarrage de l’activité pour assurer au cycle habituel de repartir. Il est exact que l’arrêt assez rapide des mécanismes de primes à la casse dans de nombreux pays explique en partie le patinage de la production industrielle début 2010, par exemple en Allemagne. En outre, les calendriers des plans de relance budgétaires sont dans certains pays (par exemple la France) quasiment terminés, laissant peser le risque d’un retrait assez brutal des nombreuses cales qui ont soutenu l’économie l’an passé. Enfin, les redémarrages industriels étant souvent liés à du restockage, la modification de comportements des entreprises vers des gestions de stocks à flux tendus pourrait avoir affaibli la mèche. Dans ce cas, il s’agirait de revoir les leviers et de les renforcer un peu… si les marchés financiers nous y autorisent. Ou de choisir de faire le gros dos encore quelques mois, en espérant que le cycle veuille bien repartir tout seul.

Karine Berger, Directrice des Marchés et Marketing Groupe

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