Analyse sectorielle : météo des secteurs français
Désindustrialisation ?
15.4% : c’est la part de l’industrie dans la valeur ajoutée de la France à fin 2009. Mi 2008, l’industrie pesait encore 17 % dans la valeur ajoutée française, c’était déjà loin du pic de 1974, autour de 21 %. Mais jamais, depuis 1950, le poids de l’industrie n’était passé en dessous de 16 %.
Peu à peu, on réalise que la crise de 2008 et 2009 a tourné beaucoup de pages des économies américaines et européennes, peut-être une page de la mondialisation, sans aucun doute une page de la financiarisation des économies. Le “dé-crantage” industriel de la France pourrait s’avérer l’une de ces tournées par la crise.
Ce choc est essentiellement lié au secteur automobile : selon l’Insee, la fabrication automobile ne représente plus que 0,6 % de la valeur ajoutée de la France, poids qui a été divisé par deux en l’espace de dix-huit mois du fait de l’effondrement des marchés à l’exportation. La perte d’influence de la fabrication automobile avait déjà eu lieu au Royaume-Uni, en Espagne et aux Etats-Unis, et ne constitue pas une grande surprise. D’autant que dans le même temps, la Chine est devenue le premier producteur automobile du monde. Le cycle industriel semble s’être déplacé d’un bout de la planète à l’autre, afin d’accompagner l’émergence de demandes intérieures asiatiques nouvelles, qui vivent leurs Trente glorieuses. Et il est probable que ce glissement va se confirmer avec l’arrêt des soutiens dont la filière automobile a bénéficié en 2009, comme le suggère le ralentissement des immatriculations en France dès janvier 2010. Pour les autres industries, en revanche, l’histoire n’est pas complètement écrite.
Contre toute attente, ce sont les biens de consommation qui ont vu le poids relatif de leur industrie se relever un peu dans le courant de la crise, témoignant d’un maintien des débouchés domestiques français de ces produits. Les biens intermédiaires, dont font partie la chimie ou le raffinage, et qui constituent toujours le plus gros de l’industrie française, voient leur poids s’effriter sans que cela constitue à ce stade une menace. Enfin, ce sont les biens d’équipement, avec les filières ferroviaire et aéronautique, qui continuent de progresser relativement aux autres, confirmant l’importance de la productivité et de la valeur ajoutée dans les évolutions à venir de l’industrie française.
Ainsi, en ce début d’année 2010, la France se trouve à la croisée des chemins sur de nombreux enjeux de son modèle économique et social…mais sur tous les chemins qu’elle choisira, une remise en question profonde de son tissu industriel sera inévitable.
Karine Berger, Directrice des Marchés et Marketing Groupe
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