Décryptage - conjoncture, risques et défaillances dans le monde

Les défaillances d'entreprises dans le monde

"Where Are We Going ? Where Do We Come From ? Is There a Reason?."*


L’oeuvre de Damien Hirst a inspiré le titre de la première exposition de la fondation d’art contemporain du Palazzo Grassi. La question existentielle posée par Hirst peut être aujourd’hui dupliquée à la zone euro car cette union monétaire idéale traverse, depuis quelques semaines, la plus grave crise de sa jeune histoire. Crise qui entraîne une remontée des tensions sur la plupart des marchés financiers. Crise politique tout autant qu’économique, où les déclarations unilatérales de quelques membres de gouvernement l’emportent sur les expressions publiques coordonnées de chefs d’Etat. Crise des nerfs aussi, où la menace d’un seul membre de sortir de la zone jette le doute sur la solidité de l’Union tout entière. Et peut-être même crise historique puisque, en dépit de démentis véhéments, il semble que certains gouvernements — fondateurs de la zone — se poseraient pour la première fois la question d’un possible retour en arrière. Un pas vers moins d’Union, premier mouvement de ce type dans le lent processus d’intégrationné en 1950 avec la Ceca.

Que se passe-t-il ?
Tout serait parti de Grèce. En apparence. Plusieurs années de mensonges sur la situation réelle des finances publiques, une structure de production
particulièrement déséquilibrée (essentiellement de l’agriculture, de la construction et du tourisme), quelques échanges populistes par presses interposées auraient fait naître des interrogations chez les investisseurs du monde entier sur la possibilité de défaut souverain de l’un des Etats. Mais voilà, fin mai 2010, en dépit de l’annonce — certes tardive — d’un plan d’aide à la Grèce, et surtout de l’annonce de la création d’un fonds de solidarité de 750 milliards de dollars (nuit du 9 au 10 mai), les nerfs des marchés restent à vif. Car ce n’est pas la Grèce qui est en cause. D’ailleurs, comment une si petite économie pourrait-elle mettre en danger le mastodonte zone euro ? Ce que les investisseurs du monde entier regardent, c’est le risque d’un divorce par consentement mutuel.

Le contrat passé entre la France et l’Allemagne pour créer la zone euro il y a presque 20 ans était presque fou : faire une monnaie ensemble mais sous deux conditions : plus jamais d’inflation, c’était la condition posée par l’Allemagne — qui avait payé cher pour savoir de quoi elle parlait — et plus jamais de guerre commerciale à mort — c’était la condition posée par la France. D’une certaine façon, les deux partenaires n’ont pas respecté le souhait de l’autre depuis le début des années 2000.
La France a refusé de prendre au sérieux le Traité de Maastricht (il a été maîtrisé et vilipendé par les plus hauts responsables de l’Etat) et l’indépendance de la Banque centrale européenne qui avaient été tous les deux adoptés pour éviter les comportements de passager clandestin (augmentation des déficits insoutenable) de nature à entraîner la perte de confiance nominale des agents ; l’Allemagne a choisi de fonder son développement macroéconomique par la compétitivité prix, en arrachant des parts de marché à son principal partenaire commercial au seinmême de la zone euro.

Comme souvent dans les crises de vieux couples, les deux partenaires ont à la fois raison et tort. Pour autant, les agacements mutuels, les rancoeurs ressassées et les préjugés toujours latents finissent par devenir dangereux. Plus ils dureront et plus le reste du monde sera en droit de s’interroger sur où nous, Européens, allons. Notre responsabilité est de clore au plus vite cette question. Et réaffirmer, pour paraphraser Helmut Kohl, que nous ne voulons ni d’une Europe française, ni d’une Europe allemande : nous voulons une France et une Allemagne européennes.

Karine Berger, Directrice des Marchés et Marketing Groupe

* Nom de l’exposition inaugurale de la Fondation Pinault au Palazzo Grassi à Venise, 30 avril au 1er octobre 2006

© Copyright Euler Hermes SFAC, tous droits réservés - www.eulerhermes.fr

    Allianz Logo