La croissance asiatique n'est pas un long fleuve tranquille

08.07.2016

La croissance économique de la région Asie-Pacifique ne devrait pas connaitre d’à-coups d’ici 2017 : après +4,7% en 2015, l’économie asiatique connaitra un très léger ralentissement en 2016 (+4,5%), avant de repartir modestement en 2017 (+4,6%). Mais dans un contexte mondial de croissance économique atone, de volatilité financière et de chocs de matières premières, que cache la résilience asiatique ?

 
 

Le Brexit, qui agite actuellement les marchés européens, se fait peu ressentir chez les pays asiatiques, qui sont plutôt inquiétés par les déboires de la Chine et de la croissance mondiale. Seule exception à la règle, Hong Kong dont l’ouverture financière - la somme des créances et engagements extérieurs représente près de 2500% du PIB - et son rôle de hub financier pour la Chine pourrait lui causer quelques désagréments. Aussi, la dynamique régionale est mise sur le devant de la scène. Quels pays tirent la région vers le haut, et, a contrario, quels sont ceux qui souffrent de la Chine et du ralentissement du commerce régional ? Et quelles sont leur stratégie pour y faire face ?

Infographie croissance asiatique 2016 

La Chine, un rééquilibrage toujours aussi déséquilibré


Cette année, l’économie chinoise devrait croître de +6,5% (+6,9% en 2015), soit l’objectif minimum de croissance annoncé par les autorités en début d’année.
Portée par une solide consommation des ménages, la croissance chinoise profite aussi de la relance budgétaire opérée par le gouvernement. « C’est devenu une habitude, la Chine utilise à plein son levier budgétaire pour éviter un ralentissement forcé. Elle peut se le permettre, pour l’instant », décrit Mahamoud Islam, économiste Asie chez Euler Hermes.
  
Attention toutefois, car la croissance chinoise repose sur des fondations fragiles. La Chine reste le leader mondial de l’export, mais les perspectives sont peu encourageantes. « En plus de l’atonie de la demande étrangère, la Chine souffre de la dégradation de sa compétitivité-prix liée à une devise qui demeure surévaluée et une forte hausse des coûts salariaux », avance Mahamoud Islam. Par ailleurs, l’investissement privé décélère rapidement (+3,9% a/a sur les cinq premiers mois de 2016), certainement handicapé par la persistance des surcapacités, et la dette colossale des entreprises (équivalente à 168,5% du PIB).
  
A court terme, les sources de déséquilibre sont nombreuses : la bulle immobilière se regonfle depuis début 2016 (+20 à 30% de hausse des prix immobiliers en mai 2016), la prochaine connexion entre les marchés d’Hong-Kong et Shenzen pourrait accentuer la volatilité financière (comme l’an dernier entre Shanghai et Hong Kong), enfin, le risque entreprise reste élevé, avec une hausse des défaillances d’entreprises attendue en 2016 à +20%. Ces trois risques pourraient bien forcer les yeux du monde à se tourner de nouveau vers la Chine à l’automne 2016.


Une reprise poussive pour le Japon


En 2016, la croissance japonaise est attendue à +0,7% (+0,6% en 2015), soutenue par la résilience de la consommation privée.
Celle-ci découle d’une hausse graduelle du pouvoir d’achat des ménages japonais, et du report de la hausse de TVA initialement prévue en 2017. Néanmoins, l’économie japonaise sera fragilisée par la faiblesse de l’investissement. « Le repli des profits (-6,8% t/t au T1 2016) limite la capacité d’investissement des entreprises japonaises. De plus, la forte appréciation du yen handicape considérablement les exportations du pays, pesant directement sur la compétitivité des entreprises nationales », analyse Mahamoud Islam.


Les hubs commerciaux (Taiwan, Hong-Kong, Singapour) pris dans la tempête chinoise


Hong Kong, Singapour, Taiwan, la Corée du Sud et la Thaïlande vont rester en 2016 sur un sillon de croissance molle.
A part la Thaïlande, ces économies souffrent du ralentissement chinois : financement régional, consommation et importations en berne. « La montée en gamme de la Chine et les prémices de One-Belt-One-Road se font sentir d’abord sur l’amont de la chaine de valeur : de nouveaux fournisseurs locaux apparaissent au détriment de ceux des hubs et donc du commerce régional. De plus, infrastru%ctures logistiques et financières existent désormais en Chine pour servir ses ambitions », explique Ludovic Subran, Chef économiste d’Euler Hermes.

Hong-Kong semble le plus exposé à la Chine, du fait de la taille de ses exportations de services financiers et de sa politique économique contrainte (peg au dollar américain) qui empêchent un regain de compétitivité. A l’opposé, la Thaïlande doit faire face à des problèmes davantage domestiques : les vicissitudes de la vie politique, la faiblesse du crédit bancaire et de la confiance des entreprises industrielles augurent d’une reprise lente de l’investissement. Enfin, les trois pays restants jouent leur va-tout pour s’en sortir : la Corée du Sud compte sur sa forte capacité d’innovation sur son interventionnisme public, Singapour cherche à améliorer son agilité et sa logistique commerciale, Taiwan mise sur le développement de l’aval de la chaîne de valeur de ses secteurs de pointe, notamment l’électronique (des composants téléphoniques aux téléphones par exemple).
  


L’Australie et l’Indonésie misent sur la relance, ce que ne peut pas faire la Malaisie


Les prix des matières premières industrielles ne sont toujours pas suffisamment élevés pour soutenir l’économie des pays producteurs de la sous-région que sont l’Australie, l’Indonésie et la Malaisie.
En revanche, l’Indonésie et l’Australie peuvent compter sur les leviers monétaires et fiscaux pour soutenir leurs économies. En Malaisie, les marges de manœuvres sont, elles, plus limitées. « Les dettes publique et extérieure de la Malaisie sont aujourd’hui deux fois plus élevées que celles de l’Indonésie en point de PIB (27% et 35% respectivement pour l’Indonésie) », confirme Mahamoud Islam.


Les VIP (Vietnam, Inde, Philippines) envoient des signaux encourageants


Le Vietnam, l’Inde et les Philippines devraient former le peloton de tête asiatique en 2016, notamment grâce au flux d’investissements directs venant de l’étranger qui continuent d’affluer dans ces trois pays.
L’Inde (+7.6% de croissance attendue en 2016) et les Philippines (+6.3%) continuent aussi de profiter des faibles prix du pétrole (44$ le baril en 2016) qui cause un fort rebond de la consommation, ainsi que d’une certaine résilience, à l’international, des exportations de services. Le Vietnam (+6%) devrait lui connaître un rebond de la demande domestique (consommation et investissement) et une plus forte compétitivité grâce à ses liens privilégiés avec les entreprises américaines et chinoises. Une double alliance rare dans la région.