Les super-héros de la croissance sauveront-ils l’économie en 2017 ?

18.01.2017

Selon Euler Hermes, malgré les divers obstacles politiques et économiques relatifs au réajustement de la Chine, le Brexit, et le résultat surprenant de l’élection présidentielle américaine, la croissance mondiale du PIB devrait se montrer résiliente en 2016, à +2,5%. Le leader mondial de l’assurance-crédit prévoit que la croissance mondiale atteindra +2,8% en 2017, restant ainsi bloquée sous la barre des +3% pour la septième année consécutive. Un plafond de verre qui est devenu, d’année en année, plus difficile à briser.

 


« La croissance mondiale a été lourdement affectée par une série d’évènements inattendus. Avec la montée des votes populistes et protectionnistes, la croissance du commerce mondial en volume s’est limitée à +1,9%, son plus bas niveau depuis 2009 », explique Ludovic Subran, Chef économiste d’Euler Hermes.


Toutefois, diverses formes de résiliences sont apparues pour contrer ces turbulences politico-économiques. Avec une croissance chinoise à +6,7%, une croissance britannique à +2%, la remontée du prix du baril de pétrole au-dessus de 50 USD, et des marchés boursiers enregistrant des niveaux records suite à l’élection de Trump, tout n’a pas été morose en 2016.


Infographie croissance mondiale 2017 
La légère accélération attendue en 2017 sera portée par les super-héros de l’économie : la croissance américaine, la sortie de récession de la Russie et du Brésil, et la résilience européenne et asiatique devraient s’unir et former un solide bouclier protecteur.

En 2017, les Etats-Unis, plus connus sous le nom de Captain America, profiteront de la relance budgétaire, et devraient voir leur croissance atteindre +2,4%. Au lendemain des élections, après un an d’incertitude et de ralentissement économique, la confiance signe déjà son retour. Le scénario central d’Euler Hermes envisage une mise en œuvre partielle des promesses électorales formulées par Donald Trump. Ses mesures de soutien à l’économie pourraient stimuler l’investissement privé si l’effervescence politique, le resserrement plus rapide des conditions financières par la Fed et les velléités protectionnistes restent contenus.
 

La zone Euro, aussi appelée Spider-Man, devrait enregistrer une croissance de +1,6% en 2017. La région fera face aux mêmes ennemis qu’en 2016 (Brexit, situation des banques italiennes), mais l’arsenal de mesures institutionnelles déployé (politique monétaire accommodante, stimulus budgétaire et plan Juncker) permettra de maîtriser les risques. Le nouveau contexte international, avec davantage de multilatéralisme pourrait aussi inciter l’Europe à renforcer sa politique industrielle, commerciale et d’innovation pour faire face aux assauts de la Chine et des Etats-Unis. Ceci risque d’être retardé à 2018 du fait d’un agenda électoral chargé, mais les points clefs pourraient être mis en avant dès cette année par les Etats Membres.
 

L’Iron Man chinois s’occupera de ses fragilités, comme le risque de crédit et les surcapacités, pour éviter une plus grande volatilité. Un solide soutien des autorités publiques et une politique monétaire accommodante, mais prudente, devraient aider le pays à atteindre les +6% de croissance cette année. La tentative infructueuse d’obtenir le statut d’économie de marché, et les mesures protectionnistes attendues des Etats-Unis, pourraient accentuer les tensions entre les deux plus grosses économies mondiales, et engendrer des représailles. L’UE et le Japon devraient faire des concessions pour préserver leurs relations commerciales avec la Chine. La Chine pourrait alors chercher à accentuer davantage son influence extérieure via ses initiatives One Belt One Road, Regional Comprehensive Economic Partnership, et l’internationalisation du RMB.
 

En l’absence de véritable accélération de la croissance, les 4 Fantastiques émergents auront besoin de superpouvoirs pour attirer les investisseurs. Certains miseront sur les pare-feux publics (Corée du Sud) ; les dépenses du secteur privé seront primordiales pour d’autres (Russie, Inde) ; ailleurs, le climat des affaires sera affecté par les ajustements initiés (Brésil, Afrique du Sud) ; enfin, un dernier groupe devra probablement faire face à des déséquilibres grandissants (Mexique, Turquie).
 

« Cette faiblesse durable de la croissance a engendré d’importants changements dans l’économie mondiale. Comme dans les bande-dessinées X-Men, il y a des héros positifs et des personnages malfaisants. Reflation, isolationnisme dans le commerce et les flux financiers, et coups de pouce politiques conditionneront la plupart des risques et opportunités pour les entreprises en 2017-2018, dans le monde entier », avertit Ludovic Subran.


En 2017, plusieurs facteurs contribueront à la reflation générale de l’économie mondiale


En 2016, la croissance mondiale toujours modérée a entrainé des ajustements dans les pays et secteurs endettés. A cause de la faiblesse de la demande, les cours des matières premières et le niveau de prix ont accusé le coup, d’où une atonie des chiffres d’affaires et de moindres incitations à l’investissement.


Plusieurs facteurs laissent espérer de meilleures perspectives pour les prix en 2017. Premièrement, les prix du pétrole profiteront d’un effet de base positif, et devraient s’établir à 54 USD par baril cette année. Deuxièmement, le soutien actif des pouvoirs publics américains à l’économie domestique sera source d’une hausse plus rapide des prix étant donné le rythme de croissance de l’économie. Troisièmement, les politiques de soutien stimulent enfin la croissance de la demande. En Chine, la reprise du secteur de la construction a été notable, aidant les prix des métaux à se reprendre au niveau mondial. En découle la fin de la déflation sur les prix des producteurs chinois, et une timide reprise du secteur manufacturier à l’échelle mondiale. Enfin, les politiques monétaires accommodantes ont aussi aidé : le faible coût du crédit a pavé la route de la reprise pour l’investissement résidentiel dans le monde, et les anticipations d’inflation excèdent +2% aux Etats-Unis pour 2017. De plus, les nouvelles promesses de dépenses d’amélioration des infrastructures contribuent à la hausse de ces anticipations.


(Dé)mondialisation : la fin de l’effet Magneto pour le commerce et les flux financiers ?


Le commerce mondial en valeur pourrait croître de +3,5% en 2017, bénéficiant de la hausse des importations attendue aux Etats-Unis, en Europe et dans les pays émergents. De son côté, le commerce en volume devraient croître de +2,9%. Le réajustement de la demande (rééquilibrage en Chine, autonomie énergétique des Etats-Unis, ajustements chez les émergents), la montée du protectionnisme direct et indirect, et la servicisation/digitalisation de l’économie expliquent cette tendance. Désormais, les décisions politiques influenceront de manière croissante les choix d'implantation des entreprises (dans l’industrie de l’automobile par exemple), et le raccourcissement des chaines de valeur et la production nationale dans les industries à valeur ajoutée seront la norme. C’est d’ailleurs le chemin choisi par les Etats-Unis et la Chine.


Un autre phénomène est observable : la balkanisation financière, ou démondialisation financière, qui intensifiera l’isolationnisme si elle n’est pas résolue. En effet, les flux financiers au sein et entre les pays continuent de décevoir : (i) le capital n’est pas transmis à l’économie réelle et les conditions de crédit sont toujours trop conservatrices en Asie Pacifique et en Amérique Latine ; (ii) l’épargne reste bloquée sur les marchés à hauts revenus, même si son rendement reste limité. Le taux de croissance annuel composé du financement domestique était de +5% entre 2011 et 2015, contre +0,5% pour les crédits transfrontaliers.

Un accroissement de l’incertitude politique mondiale pourrait engendrer une parfaite tempête en 2017


En 2017, les facteurs politiques pèseront à nouveau lourdement sur la performance économique mondiale. Aux Etats-Unis, l’orientation choisie par l’Administration Trump sera scrutée. Le risque de représailles est élevé. Le risque de contagion aussi puisque les Etats-Unis sont la plus grande économie mondiale, la plus interdépendante (plus élevé déficit du compte courant, hégémonie du dollar), et un marché important pour beaucoup de biens et services étrangers.


L’Europe devra composer avec un calendrier politique chargé. Les Pays-Bas en mars, la France en avril, l’Allemagne en septembre. De plus, dans tous ces pays, les partis politiques dominants doivent faire face à des concurrents sérieux. Cependant, l’Europe fait preuve d’une solide résilience politique, et devrait faire face aux intempéries.


En Chine, la pression monte pour tenir les promesses formulées et restaurer la confiance, dans le but de financer la croissance avec l’épargne des ménages. Le pays pourrait devenir plus enclin à la réforme, et par conséquent moins accommodant après le Congrès du Parti Communiste en octobre 2017. Dans les autres marchés émergents, les conditions orageuses assombrissent les perspectives économiques, à la veille de nombreuses élections (Iran, Afrique du Sud, Mexique, Brésil).


« En 2017, la pertinence des réponses politiques proposées par les forces en place, et la résilience du secteur privé, détermineront largement qui subira incertitude politique et baisse de la liquidité mondiale », conclut Ludovic Subran. « Les politiques protectionnistes sont une menace réelle, et pour y faire face, les entreprises du monde entier devront se servir d’outils primordiaux comme l’analyse des risques pays, économiques et politiques, mais aussi se montrer capable d’anticiper les aléas ».