Protectionnisme : une guerre commerciale mondiale très peu probable

18.05.2018

En mars dernier, Donald Trump décidait de revenir à un protectionnisme tout droit sorti du passé, en imposant des taxes sur les importations américaines. Les représailles de la Chine, la cible principale des Etats-Unis, n’ont pas tardé, et les craintes d’une guerre commerciale ont refait surface.

 
Suite aux dernières annonces de Donald Trump au sujet des taxes sur les importations américaines, Euler Hermes a défini trois scénarios d’évolution possible pour le commerce mondial : la partie de poker commercial, la querelle commerciale et la guerre commerciale.

Le scénario le plus probable est celui de la partie de poker commercial. Il correspond, malgré l’expression de menaces tarifaires importantes, à une hausse modérée des taxes mondiales à l’import de +0,5 point en moyenne.

Selon l’indicateur de suivi du protectionnisme mondial d’Euler Hermes, les secteurs de l’électronique, des produits électriques, des machines et équipements et de l’automobile sont les plus exposés.


Outre le fait que les menaces américaines sont généralement suivies de négociations et de compromis, le nombre de secteurs exposés est réduit et les risques de voir la reprise économique mondiale dérailler sont modérés. De quoi prendre du recul face à l’anxiété croissante des marchés quant à la situation.


Récemment, le commerce mondial s’est d’ailleurs plutôt bien porté. Il a cru en volume de +4,8% en 2017 alors que le nombre de barrières protectionnistes a continué d’augmenter (+489 nouvelles mesures en 2017 par rapport à 2016). L’accélération de la croissance mondiale a été assez solide pour compenser les effets modérateurs des nouvelles mesures protectionnistes et a poussé de nombreux pays à s’ouvrir aux échanges internationaux.



Dans sa dernière analyse sur le protectionnisme, Euler Hermes évalue l’impact de la hausse des taxes américaines à l’import sur le commerce mondial en 2018 et 2019. Le leader mondial de l’assurance-crédit définit trois scénarios, qui dépendent du niveau de hausse effectif des taxes sur les importations américaines et des représailles potentielles des principaux partenaires commerciaux des Etats-Unis.



Le scénario le plus probable : hausse modérée de 0,5 point des taxes à l’import dans le monde


Le premier scénario, appelé « partie de poker commercial », correspond à une hausse modéré des taxes sur les importations américaines de +0,5 point (établies à +3,5% aujourd’hui), et à une hausse moyenne des taxes à l’import dans le monde de +0,5 point également (faibles représailles). Ce scénario, qui fait écho aux dernières initiatives protectionnistes de Donald Trump, elles-mêmes utilisées comme instrument de pression pour négocier de meilleurs accords commerciaux, est le plus probable selon Euler Hermes.


Dans ce scénario, les pertes à l’export combinées des Etats-Unis et de la Chine représenteraient 30 Mds USD par an, c’est-à-dire moins de 0,1% du commerce mondial de biens et services.


Pour les Etats-Unis, les impacts attendus sur la croissance, l’inflation et le commerce sont négligeables (de l’ordre de + ou -0,1 point), de même que pour les défaillances d’entreprises (moins de +1 point). Toutefois, les déficits jumeaux pourraient se creuser, de -0,6 point pour le déficit commercial et de -1,1 point pour le déficit budgétaire.


Electronique, électrique, machines & équipements et automobiles sont les industries les plus exposées


A l’échelle bilatérale, les importations d’électronique, de produits électriques et de textile depuis la Chine sont les principaux contributeurs au déficit commercial américain. Ils correspondent aux produits visés par les dernières annonces américaines : équipements industriels et électriques, équipements optiques, véhicules, produits chimiques et métaux. Réciproquement, côté chinois, c’est l’agroalimentaire qui présente le plus lourd déficit commercial. Les représailles de la Chine ont jusqu’ici concerné l’aviation, les voitures, les produits chimiques et les produits agroalimentaire.


En dehors de la Chine, le Mexique, l’Allemagne, le Japon et le Canada sont les principaux contributeurs au déficit commercial américain, dans les secteurs de l’automobile, des machines et équipements, et des équipements électroniques et électriques.


Les autres scénarios sont moins envisageables


Le deuxième scénario envisagé par Euler Hermes, la « querelle commerciale », semble moins probable. Il correspond à une hausse de +2,5 points des taxes à l’import pour les Etats-Unis, mais également pour le reste du monde. Cela conduirait ainsi les taxes américaines à l’import à 6% et les taxes mondiales moyennes à l’import à 8% (représailles considérables envisagées).


Enfin, le dernier scénario s’intitule « guerre commerciale », et il est encore moins probable. Il correspond à une hausse des taxes à l’import dans le monde de +8,5 points en moyenne, qui atteindraient alors 12% aux Etats-Unis et 14% dans le monde. La version bilatérale de ce scénario implique une taxe à l’import sur tous les produits en provenance de Chine de l’ordre de 45%, ce qui correspond aux annonces du Président Trump pendant sa campagne. Cette situation n’est plus arrivée depuis le milieu des années 1960.


« Même si le Président Trump tweete moins à propos de celles-ci, d’autres formes de protectionnismes pourraient s’avérer bien plus disruptives que le simple aspect commercial. On peut notamment penser au protectionnisme financier, réglementaire, monétaire, environnemental, sanitaire, ou même relevant de la protection des données et de la propriété intellectuelle. Concernant les risques financiers, le contrôle des capitaux et la manipulation de la monnaie devraient être particulièrement surveillées en cas d’escalade des tensions entre les Etats-Unis et la Chine », explique Alexis Garatti, Responsable de la recherche macroéconomique chez Euler Hermes.