La résilience de l'économie gabonaise en question

09.09.2016

L'économie gabonaise s’est montrée plus résiliente en 2016 que les autres économies africaines dépendantes du pétrole, comme le Nigéria ou la Guinée Equatoriale. Euler Hermes prévoit en effet une croissance de +4% pour le Gabon en 2016 (après +4,5% en 2015), soutenue par un fort stimulus budgétaire. Un effort gouvernemental qui représentera, à terme, un coût important pour le pays.

 

Soutenir la croissance, mais à quel prix ?

Afin de soutenir la croissance, l’Etat a décidé d’accroitre les dépenses publiques, utilisant en partie ses recettes pétrolières. Cela ne posait pas de problème immédiat tant que les finances publiques étaient excédentaires (+2,3% du PIB en 2014), mais devient plus problématique lorsqu’elles se retrouvent en déficit (-5% en 2016). Il en va de même pour la balance courante, dont l’excédent représentait +11,6% du PIB en 2013, et dont le déficit sera élevé en 2016 (-7,2%). Enfin, se pose la question de la soutenabilité de la dette publique. « Les excès budgétaires de l’Etat pèsent sur les finances publiques. Ainsi, la dette publique gabonaise, qui ne dépassait pas les 30% du PIB en 2013, s’élève en 2015 à 43,9% et devrait se rapprocher en 2016 des 50% », estime Stéphane Colliac, économiste Afrique chez Euler Hermes.

Un impact limité de la chute du cours du pétrole… pour le moment 

Mais l’accroissement des dépenses budgétaires avait aussi pour but d’amorcer la diversification de l’économie nationale. En effet, sous l’impulsion du secteur public, la dépendance du Gabon à l’or noir s’est amoindrie : le poids du secteur pétrolier dans le PIB a été divisé par deux entre 2010 et 2015.

Néanmoins, la chute du cours du baril affecte le Gabon. En effet, le pétrole représente toujours 50% des recettes publiques, mais surtout 80% des revenus du pays à l‘exportation. Le déficit extérieur se creuse, et la situation pèse lourdement sur les réserves de devises étrangères. « Alors qu’elles couvraient 9 mois d’exportations en juin 2015, les réserves de change ne couvraient plus que 6 mois d’importations un an plus tard. Et avec des réserves de change qui resteront sous pression, des tensions sur la liquidité pourraient apparaître dans les semaines ou les mois qui viennent », confirme Stéphane Colliac.

Les exportateurs français doivent-ils s’inquiéter ?

Le lien économique France-Gabon est largement développé. A l’heure actuelle, le Gabon reçoit 7% des exportations françaises vers l’Afrique, ce qui en fait le 8ème pays africain le plus visé par les entreprises tricolores. L’accroissement du déficit externe gabonais est-il un danger pour les exportateurs français ? « Les débouchés de la France vers le Gabon seraient impactés par un repli significatif de l’investissement, probable à un moment où à un autre, puisque le secteur le plus porteur correspond aux biens d’équipement (36% des exportations) et que la position financière du Gabon s’est précarisée », indique Stéphane Colliac.

Des tensions post-électorales qui ralentissent la stratégie de diversification

Le tumulte politique qui agite actuellement le Gabon représente, à terme, un réel danger pour la stratégie de diversification entamée par le gouvernement. « L’incertitude politique n’est guère appréciée par les investisseurs, et joue négativement sur leur confiance. Or, sans ces investisseurs, il sera difficile pour le Gabon de financer la diversification de l’économie nationale. D’ailleurs, les Investissements Directs Etrangers (IDE) ont déjà diminué de 38% en 2015 à 623 M de dollars », développe Stéphane Colliac.

Quelles perspectives pour l’économie gabonaise ?

Plus que jamais, la diversification semble primordiale pour le Gabon. Mais avec des finances publiques et des réserves de changes handicapées par la faiblesse durable du prix du pétrole, le pays est contraint de décaler son agenda d’investissements. Et même si être membre de la Communauté Economique et Monétaire des Etats d’Afrique Centrale (CEMAC) protège le Gabon d’une dépréciation de sa devise et des pressions inflationnistes, les risques d’insoutenabilité de la dette et de fuite des capitaux restent bien réels.