+1,2% de croissance pour la France en 2020 : résilience ou stagnation ?

Selon Euler Hermes, leader mondial de l’assurance-crédit, la croissance économique française sera de +1,2% en 2020. Une performance similaire à celle de 2019, toujours en deçà du niveau de 2018 (+1,7%). Faut-il se réjouir de la résilience de la croissance française, ou s’inquiéter de sa stagnation ?

« Nous préférons parler de résilience pour l’économie française, pour la simple et bonne raison qu’en 2020, la croissance tricolore restera supérieure à la moyenne la zone euro (+1% après +1,2% en 2019). La performance française dépassera également en 2020 celle de l’Allemagne (+0,6%). Le plan de relance du gouvernement français en soutien aux ménages et une moindre sensibilité du cycle français aux perturbations d’origines externes expliquent la stabilité de la croissance française », répond Alexis Garatti, Directeur de la recherche économique d’Euler Hermes.

Des fondamentaux économiques qui restent solides

La résilience de la croissance française s’explique ainsi à deux égards. Premièrement, la consommation des ménages devrait légèrement rebondir en 2020 (+1,4% après +1,2% en 2019). Entre la relance budgétaire du gouvernement français, le recul du chômage (8,3% en 2020 contre 8,6% en 2019), l’apaisement des tensions sociales relatives aux gilets jaunes et l’inflation modérée (toujours inférieure à 2%), le contexte semble plus propice à la dépense pour les ménages.

Deuxièmement, l’investissement des entreprises. Alors qu’il a cru de +3,4% en 2019, il ne devrait croître que de +2,3% en 2020. Un ralentissement certes prononcé, mais qui maintient l’investissement des entreprises à un niveau dynamique malgré un contexte externe qui a de quoi atténuer leur enthousiasme. D’autant que la décélération de l’investissement des entreprises françaises touche surtout les infrastructures, alors qu’il connait une nette augmentation dans le domaine du digital.

De bon augure pour les entreprises françaises ?

La stabilité de la croissance économique française annonce-t-elle pour autant de belles perspectives pour les entreprises tricolores en 2020 ? Pas vraiment si l’on se penche sur l’évolution attendue de leur trésorerie cette année.

En effet, la rentabilité des entreprises sera sous pression en 2020 : les marges des entreprises françaises devraient reculer à 31,4% cette année, soit 1,3 point de moins qu’en 2019. En cause principalement, la fin de la transformation du CICE en baisse de cotisations sociales, une transition qui a soutenu fortement la rentabilité des entreprises l’année passée. Ainsi, le niveau d’avant-crise de 2007 (33%) parait encore bien loin, signe que les entreprises françaises peinent à retrouver une profitabilité optimale.

Un constat d’autant plus inquiétant que l’endettement des entreprises françaises ne cesse de se creuser : il devrait croître de +2 points en 2020, et ainsi atteindre environ 76% du PIB, soit une troisième année consécutive de hausse et un niveau record. Dans un contexte d’assouplissement monétaire de la BCE et de faiblesse des taux d’intérêts, une question se pose : quid de la capacité des entreprises françaises à rembourser leurs dettes alors que la croissance française n’accélère pas et que l’activité mondiale tourne au ralenti ?

Car côté externe, la demande adressée aux entreprises françaises devrait bien ralentir l’année prochaine. Alors qu’elles ont cru de +16 Mds EUR en 2019, les exportations françaises ne devraient croître que de +8 Mds EUR en 2020. Un potentiel de demande externe divisé par deux, qui vient atténuer les perspectives de croissance et de développement des entreprises françaises.

« La rentabilité ne parvient pas à se redresser, l’endettement s’accroît, et la demande, interne comme externe, n’est pas vraiment dynamique. La trésorerie des entreprises est donc fortement sous pression, et les plus fragiles pourraient particulièrement en souffrir. Ainsi, nous prévoyons 52 000 cas de défaillances d’entreprises en France en 2020. Cette année marquera la fin du recul des défaillances d’entreprises en France après 4 années ininterrompues de repli. Le niveau de défaillances reste par ailleurs 13% supérieur à celui d’avant la crise de 2007 », conclut Alexis Garatti.